CHAPITRE XVII
ment et spirituellement en la personne des pauvres , soit malades , soit enfants , soit prisonniers, ou autres, qui, par honte, n'osent faire paraître leur nécessité. Pour correspondre dignement à une si sainte vocation et imiter un exemplaire si parfait, elles doivent tâcher de vivre saintement , et travailler avec grand soin à leur propre perfection; joignant les exercices intérieurs de la vie spirituelle aux emplois extérieurs de la charité chrétienne.
« Encore qu'elles ne soient pas dans une religion1, cet état n'étant pas convenable aux emplois de leur vocation , néanmoins , comme elles sont beaucoup plus exposées au dehors que les religieuses5, n'ayant ordinairement
1 Dans une religion , c'est-à-dire dans un couvent, selon l'ancienne acception de ce mot.
2 II ne faut pas se méprendre sur le sens que saint Vincent donne à ses paroles lorsqu'il dit aux filles de la Charité qu'elles ne sont pas des religieuses. Il s'en est expliqué lui-même dans un discours qu'il leur adressa. « Qui dit religieuse dit cloîtrée, remarque -t- il, et les Filles de la Charité doivent aller partout; vous n'êtes donc pas des religieuses. » D'ailleurs, les Filles de la Charité, non seulement ne font pas de vœux solennels, mais pas même de vœux simples à perpétuité. Les vœux qu'elles prononcent ne sont qu'annuels et intérieurs; elle les renouvellent, d'année en année, après avoir demandé la permission de leurs supérieurs. C'est après une épreuve de cinq années qu'elles prononcent ces vœux pour la première fois. » Elles les renouvellent le 25 mars,
pour monastère que la maison des malades; pour cellule, qu'une chambre de louage; pour chapelle, quel'église de la paroisse ; pour cloître, que les rues de la ville ou les salles des hôpitaux; pour clôture, que l'obéissance; pour grille, que la crainte de Dieu; et pour voile, que la sainte modestie : elles sont obligées , par cette considération, de mener, au dehors ou au dedans une vie aussi vertueuse, aussi pure, aussi édifiante que de vraies religieuses dans leur monastère.
« Avant tout, elles feront plus d'estime du salut de leur âme que de toutes les choses de la terre ; elles fuiront le péché mortel plus que la mort; et le péché véniel, de toutes leurs forces. Et, pour mériter la récompense promise par Notre- Seigneur aux serviteurs des pauvres, elles s'appliqueront à acquérir les trois vertus chrétiennes d'humilité, de simplicité et de charité, qui sont comme les trois facultés de l'âme , et comme l'esprit propre de leur Compagnie.
à l'anniversaire du jour où Mademoiselle Legras prononça sa consécration. Chaque année , au 25 mars , toutes se lèvent donc libres; mais toutes s'empressent de reprendre le saint joug du service de Dieu et des pauvres; et le refus qu'on pourrait faire à quelques-unes de la permission de renouveler leurs vœux serait pour elles la plus cruelle pénitence. » — Saint Vincent de Paul, sa vie, son temps, ses œuvres, par l'abbé Maynard.