CHAPITRE XVII
que Notre-Seigneur a unies ensemble pour son service. Par conséquent , ni sentiment d'aversion et d'envie, ni paroles rudes et fâcheuses; support mutuel dans les imperfections, condescendance aux humeurs et sentiments contraires, sauf la loi de Dieu et la règle... » Suivent les plus sages conseils pour le maintien de la charité, de la paix, de l'accord entre les Sœurs.
ce VII. — Leur principal emploi étant de servir les pauvres malades, elles les serviront comme Jésus -Christ même, avec autant de cordialité , de respect et de dévotion ; même les plus fâcheux et les plus répugnants. Ce service, elles le préféreront même à leurs exercices spirituels. Elles prendront soin de leur âme comme de leur corps. Pour les soins matériels et les distributions d'aumônes, elles se conformeront aux prescriptions qui leur auront été données, ou à la volonté des donateurs. Elles ne donneront aucuns soins aux riches, sinon en cas d'absolue nécessité; et encore, selon leur institut, elles feront en sorte que les pauvres soient les premiers servis.
IX. — Ce dernier chapitre règle l'emploi de la journée. Le lever est à quatre heures , le coucher à neuf. Dans cet intervalle, deux méditations, deux examens particuliers, un examen 'général, une lecture spirituelle. Le reste
du temps est employé au service du prochain ou à des travaux manuels; remplacés, le dimanche, par des exercices spirituels et le soin de sa propre instruction. Deux heures d'entretien édifiant, pendant lesquelles une Sœur, à ce destinée, dira de temps en temps] : « Souvenons-nous de la présence de Dieu *. »
A partir de la mémorable journée où les premières Filles de la Charité, réunies sous la présidence de mademoiselle Legras, entendirent la lecture de ces règles et y donnèrent toutes leur assentiment, Vincent de Paul, déjà octogénaire, ne cessa de leur en expliquer la portée générale et de leur en faire comprendre l'esprit. Les conférences qu'il leur donnait avaient lieu une fois chaque semaine ; ses paroles, écoutées avec avidité, recueillies avec attention, ont été précieusement conservées; elles sont encore aujourd'hui , après les saintes Écritures, la Bible des Filles de la Charité.
Plusieurs fois notre récit a dû rappeler combien les communications entre l'Europe et l'Amérique étaient devenues rares et incertaines, pendant les années troublées qui précédèrent la chute de l'Empire français. Six mois, un an, s'écoulaient alors sans qu'on
1 Voir la note 10, à la fin de ce volume.