‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux Etats-UnisChapitre 75 sur 226 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

pût trouver une occasion pour envoyer une lettre au delà des mers. On a lu les derniers remerciements qu'Elizabeth adressait à Antonio Filicchi, avec les détails qu'elle lui donnait sur son arrivée dans la vallée d'Emmettsburg. La lettre qui les contenait , écrite le 8 novembre 1809, n'était point encore partie le 10 mai 1810. Comme Elizabeth le dit ellemême, à cette dernière date : a Je n'ai jamais été capable de trouver une occasion pour faire partir ma lettre. »

Enfin, dans les premiers jours de mai 1810, une occasion se présenta. Elle venait de M. Zocchi, prêtre italien, pasteur de la congrégation de Taneytown dans le Maryland , qui allait risquer le voyage des États-Unis en Europe. A la veille de son départ , il vint trouver Elizabeth, et lui demanda si elle ne pourrait pas lui rendre le service de lui donner un billet sur la maison de banque de MM. Filicchi, en échange duquel il lui remettrait en espèces un millier de dollars. C'était tout ce qu'il possédait; et il craignait de l'exposer aux chances incertaines que lui-même allait courir. Un billet, un mince papier, se cache aisément. A tout événement, en cas d'accident, de rencontre avec des croiseurs ennemis ou avec des corsaires, le plus sûr était assurément de n'avoir avec soi ni argent ni or.

Elizabeth , après y avoir beaucoup réfléchi , consentit à faire ce que M. Zocchi lui demandait. Elle alla plus loin : se souvenant des recommandations pressantes que MM. Filicchi lui avaient si souvent adressées , d'avoir recours à eux chaque fois que la nécessité l'y engagerait, elle pensa qu'elle était autorisée à recevoir les mille dollars de M. Zocchi, non pas comme un dépôt, mais comme une somme dont elle pourrait faire usage. Nous avons vu jusqu'où était allée la gêne , pour ne pas dire la détresse, dans la communauté de Saint- Joseph; bien que la situation se fût beaucoup améliorée, on avait contracté des dettes, et les embarras étaient grands encore.

Agir maintenant comme le faisait Elizabeth , n'était que suivre les intentions les plus clairement exprimées, qu'obéir aux instances les plus formelles de ses généreux amis. Cependant rien ne nous semble si naturel que le sentiment de crainte qu'elle eut alors, et qu'elle a si bien exprimé dans cette lettre confiée à M. Zocchi pour être remise à Antonio Filicchi : « Le révérend M. Zocchi a une lettre pour vous, que j'ai écrite en tremblant; mais, mon cher Antonio, si j'ai mal fait, dites seulement un mot, et je cesserai de faire appel à votre inépuisable générosité ; à moins que je n'aie votre assentiment à l'égard du moment et de

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