CHAPITRE XVIII
velle, le père du clergé, le conducteur du char d'Israël dans le Nouveau Monde. Il y célébrait les louanges de la société de Saint -Sulpice à laquelle appartenait M. Flaget ; citant à ce sujet les paroles prononcées par un grand évêque 1 à son lit de mort, « à ce moment où l'on ne flatte pas : « Je ne connais rien de plus vénérable et de plus apostolique que Saint-Sulpice. »
Quelques jours avant de recevoir l'onction des évêques, M. de Cheverus avait quitté sa ville de Boston. Il était venu frapper à la porte du séminaire de Sainte- Marie, avec le désir de se préparer, dans un recueillement plus complet, aux redoutables devoirs de sa charge épiscopale. Pendant la retraite qu'il fit à ce moment, il fut sous la direction de M. Nagot, le fondateur du séminaire de Sainte -Marie, prêtre vénérable, d'une vertu tout angélique, d'une simplicité aimable, d'une profonde humilité2.
1 Fénelon.
2 Au nombre des Français qui se réfugièrent aux États-Unis pour échapper aux horreurs de la révolution, se trouvaient le comte de Pages et sa fille Louise, encore enfant. Leur séjour à Baltimore se prolongea plusieurs années. Revenue en France, la comtesse Louise de Pages y vécut jusqu'à l'âge de quatre-vingt-huit ans, vouée à la piété et aux bonnes œuvres. Dans son admirable mémoire, le passé restait vivant; et ce fut souvent notre bonheur de faire appel à des souvenirs qu'elle exprimait
C'était la première fois que M. de Cheverus, l'apôtre de Boston et de la Nouvelle-Angleterre, se trouvait éloigné du milieu de son troupeau, depuis treize ans qu'il était entré dans les travaux de son apostolat. Du jour où, débarquant sur le territoire du Massachusetts, il avait écrit à M. Carroll: « Je me rendrai au poste qu'il vous plaira de m'assigner, sitôt que j'aurai reçu vos ordres. Envoyez-moi où vous savez qu'on a le plus besoin de moi , sans vous occuper des moyens de pourvoir à ma subsistance. Je suis tout disposé à travailler de mes mains, si cela est absolument nécessaire; je crois que j'entai
avec le charme de l'esprit le plus aimable. Elle avait connu la plupart des saints prêtres qui furent les premiers évêques, les missionnaires, les apôtres, des Élats- Unis : M. du Bourg, M. Flaget, M. Dubois, M. de Cheverus, etc.. M. Nagot l'avait instruite pour sa première communion. « Il me semble que je le vois encore, nous disait-elle: on nous réunissait, plusieurs petites filles de mon âge et moi, dans une vaste salle qui dépendait de l'établissement des Sulpiciens. La saison était rigoureuse; mais, assises autour d'un bon poêle, nous étions bien à la chaleur. M. Nagot arrivait du dehors; mille aiguilles de givre, changées en glaçons, hérissaient ses cheveux et la fourrure qui lui couvrait les épaules. Ses mains étaient rougies par le froid. Pendant qu'il nous instruisait, il se tenait debout, loin du poêle, n'en voulant pas approcher, par esprit de mortification. » R. de Bey. — Voir , à la fin de ce volume , la notice sur M. Nagot.