‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux Etats-UnisChapitre 80 sur 226 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

la force; je jouis dune bonne santé, et j'ai trente ans; » de ce jour-là, ce prêtre admirable s'était fait une loi de ne pas dérober un seul de ses instants au soin des âmes qui lui étaient confiées.

Les sept États qui forment la Nouvelle-Angleterre, et qui embrassent une étendue à peu près égale à la moitié de la France , ne possédaient à cette époque, en 1796, que deux prêtres catholiques : M. Matignon, et M. de Cheverus. Tous les deux, chassés de France par la révolution, avaient émigré d'abord en Angleterre ; tous les deux , après s'y être créé des ressources suffisantes et de saintes occupations , s'étaient arrachés aux douceurs d'une existence devenue facile, uniquement parce que, dégagés de leurs devoirs envers leur ingrat pays, ils avaient voulu servir Dieu là où se faisait le plus sentir la pénurie de prêtres.

En 1792, M. Matignon était arrivé aux États- Unis; M. de Cheverus l'y avait rejoint en 1796. M. Carroll l'attacha tout aussitôt à la mission de la Nouvelle -Angleterre, et lui confia, en outre, le soin des tribus indiennes de Penobscot et de Passamoquoddy , sur la frontière du Nouveau -Brunswick; tribus évangélisées , au xvne siècle, par les Pères de la Compagnie de Jésus, et demeurées célèbres pour leur fidélité à la foi. Le zélé missionnaire avait appris d'une

vieille Sauvagesse la langue que parlaient ces pauvres Indiens. Il se rendait au milieu d'eux pendant plusieurs mois chaque année. Se consumant alors de fatigues, de courses et de veilles, il voyageait à pied, un bâton à la main ; traversait dans un frêle canot les grands lacs, les fleuves débordés, les courants rapides; couchait la nuit sur la terre, à l'abri de quelques branchages; ou, plus souvent encore, sous son canot renversé : allant et venant d'une tribu à l'autre, pour porter partout les bienfaits de son ministère, ne tenant aucun compte de ses peines, et se regardant comme « un serviteur inutile qui n'aurait encore rien fait ». Lorsque après ces rudes travaux il revenait à Boston, c'était pour y trouver moins de consolation , souvent, qu'au milieu de ses Sauvages. La capitale du Massachusetts demeurait un des centres de la résistance protestante à l'action grandissante du catholicisme. Pour combattre les préjugés anciens, pour triompher d'eux, comme on y parvint d'une manière surprenante, pour soutenir les espérance de la congrégation fidèle, il fallait, avec l'aide de Dieu, des efforts incessants et d'héroïques exemples !.

i Peu de temps après son arrivée dans son diocèse, M. Carrollalla visiter les catholiquesde Boston, au nombre

Page 1