CHAPITRE XVIII
D'autres lettres d'Elizabeth , écrites vers cette époque, à quelques mois d'intervalle, portent l'empreinte de ce calme qui nous apparaît ici. Elles ont la sérénité, compagne de la douleur chrétiennement acceptée, et fidèle aux soins de la vie active. « 0 ma chère Eliza , si vous pouviez respirer l'air de nos montagnes, si vous pouviez goûter la paix de ces bois profonds et de nos ruisseaux ! Hier, nous toutes , une vingtaine de Sœurs avec les enfants, nous fûmes dîner à notre Grotto dans la montagne, sur cette hauteur où nous allons les dimanches entendre l'office divin. Richard était aux côtés de sa mère ; mais William se contenta de saluer avec son chapeau en l'air, à distance, promettant de me voir plus tard. Comme nous nous en revenions, il nous a suivies de loin, dans une partie du bois d'où l'on ne pouvait le voir , m'envoyant de ces signes de tendresse que Tâme seule peut faire inventer; mais ayant soin de demeurer inaperçu, et n'oubliant jamais que maintenant il est un homme. Ce sont deux êtres aussi différents l'un de l'autre que le jour et la nuit. Mais William est celui des deux qui préoccupe le plus la pauvre mère. A son catéchisme, cet après-midi, comme on lui demandait si sa tâche en ce monde était de gagner de l'argent et d'acquérir de la renommée, ou bien de servir Dieu et d'employer
toutes ses facultés à lui plaire : « Ma tâche, Monsieur, est de faire les deux, » répondit William d'un ton résolu. Mais je m'oublie; le temps s'envole, et la moitié de ma feuille est déjà pleine avec ces riens. »
ANTONIO FILICCHI A ELIZABETH SETON Livourne, 29 mars 1811.
c< Ma chère et meilleure sœur et amie ,
« Le révérend M. Zocchi m'a remis au mois de septembre dernier vos deux excellentes lettres, datées, l'une du 8 novembre 1809, l'autre des 20 et 22 mai 1810. Aussitôt, et bien volontiers, sur votre requête, je lui ai fait payer les mille dollars qu'il vous avait laissés pour les échanger contre somme égale tirée sur nous.
« C'est une pensée qui ne pouvait naître, assurément , qu'après tant d'offres et de protestations, mon frère Filippo, — dont je regarde la santé comme parfaitement rétablie maintenant, — et votre frère Antonio, — solide de santé autant que possible , avec son Amabilia et ses sept enfants , — auraient pu ne pas répondre à votre appel. Ils savent à quel objet et à quel usage est employé votre