CHAPITRE XVIII
qu'il sera permis d'appelerlapassiondel'amitié. A tout mouvement de son cœur, soit qu'elle parle, agisse, écrive ses lettres , la pensée nous vient qu'elle entendait l'amitié à la manière de tant de grands saints, d'aimables saints : notre Louis, roi de France, François d'Assise, François de Sales, Benoît, Paulin, Basile, Ambroise, Augustin; Augustin surtout, qui disait: « Qu'il parle bien de son ami, celui qui l'appelait : Moitié de mon âme ! » Bene quidam dixit de amico suo : Dimidium animœ meœ 1 . Sa plus tendre préoccupation pour ceux qu'elle aimait ayant pour objet leur salut éternel , nous comprendrons la joie qu'elle eut au commencement de l'année 1811 : Mmo Duplex, jusqu'alors protestante , fit son abjuration , et devint enfant de la vraie Église. Peu de temps après, elle s'annonçait à Emmettsburg. « La seule pensée de votre visite , lui répondit Elizabelh, nous cause une joie que vous ne sauriez imaginer. La solitude de nos montagnes , le silence des tombes de Cecilia et d'Harriet, les enfants bondissant à travers les bois, qui
1 « Tous les plus grands serviteurs de Dieu ont eu de très particulières amitiés , sans dommage pour leur perfection. Et saint Thomas, comme tous les bons Philosophes, confesse que l'amitié est une vertu. »
S1 Fr. de Sales, Introd. à la vie dévoie, 3e part., ch. xx.
cueilleront pour vous, à chaque pas, les fleurs dont la terre est couverte, sitôt que le printemps a paru ; la régularité de notre maison, qui est très vaste; et, au bout, à l'extrémité d'une de ses ailes, notre chère, chère chapelle, si soignée, si tranquille; — là, dans ce tabernacle, habite nuit et jour, ainsi que nous le croyons, vous savez qui! — Et tout ceci n'est pas le rêve de la fantaisie; ce n'est qu'une faible partie des réalités d'où viennent nos bénédictions. Il faut que vous-même en soyez témoin, pour comprendre comment, depuis le premier jusqu'au dernier jour de la semaine, tout est harmonie, tout est tranquillité; toutes et chacune s'encourageant , et se venant en aide l'une à l'autre, par de bienveillants regards. Il faut vraiment le voir pour le croire. Le monde entier n'aurait pu me persuader que ce fût possible, si moi-même je ne l'avais vu. Il vous est permis d'être incrédule, jusqu'à ce que vous soyez venue et ayez vu. Nous n'avons aucune espèce de société, si ce n'est notre pasteur de la montagne, qui est distingué, simple, et vraiment un saint homme. Il vient nous dire la messe à la chapelle, au lever du soleil, tous les jours, toute l'année. Si Ton a quelques peines, on les lui porte; on trouve consolation près de lui; et tout est enseveli dans un profond silence. »