‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux Etats-UnisChapitre 93 sur 226 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

s'écroulant tout à la fois pour la laisser dénuée et seule. Allait-elle retourner au monde qu'elle avait cru fuir à jamais? Qu'irait-elle y faire, elle et ses enfants? Où trouver appui? Où rattacher le fil brisé des tentatives abandonnées? Les protecteurs naturels de ses cinq orphelins jouissaient à la fois de considération , d'influence dans leur pays, et des biens de la fortune; mais ils la repoussaient d'un commun accord, depuis le jour de sa conversion. Elle l'avait éprouvé en toute rencontre. Vers l'époque dont nous nous occupons : « Ils parlent de moi, disait-elle, comme d'une hypocrite, d'une fausse dévote, d'une sirène, la peste de la société. » 11 est vrai qu'elle ajoutait aussitôt: « Pour une âme dont l'unique désir serait de ressembler à Celui qui fut méprisé et rejeté des hommes, tout ceci est comme une musique pleine d'harmonie. »

Toutefois, quand la nature reprenait le dessus, quand la grâce était moins sensible, cet abandon des siens, outre ce qu'il avait de cruel à son cœur, changeait en angoisses ses prévisions maternelles. Elle éprouvait alors ce que pèsent « les croix de prévoyance inquiète : tout y est amer, tout y est noir; tout y est sans ressource, parce qu'on les voit au delà de l'ordre de Dieu1 », et par une sorte

1 Fénelon, Divers Sentiments et Avis chrétiens.

d'infidélité, dont même les parfaits se défendent à grand'peine.

L ARCHEVEQUE DE BALTIMORE A ELIZABETH SETON Baltimore, 11 juillet 1811.

a Très honorée et chère Madame,

« Vous avouerai-je que je me sens profondément confus de me voir appelé à donner ma sanction définitive à une règle de conduite et à un plan de gouvernement religieux destiné à faire naître et à entretenir, chez un grand nombre d'épouses bien-aimées de Jésus-Christ, l'esprit d'une solide et sublime perfection? Quand je songe à combien de prières, de jeûnes et de veilles les premiers fondateurs de ces instituts religieux ont eu recours pour obtenir les lumières et l'assistance de l'Esprit-Saint, avant d'approprier leurs règles et constitutions aux fins que leur zèle se proposait , j'éprouve un tel sentiment de mon indignité , que je n'hésiterais pas à décliner la tâche qui m'est offerte, si je n'avais la confiance que Dieu se plaît souvent à répandre sa bénédiction sur les actes des ministres de la religion qu'il a établie lui-même; bénédiction à laquelle, assurément, ils n'ont

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