CHAPITRE XVÏII
de nouveau en suspens, et je songe à me préparer pour recommencer de vivre dans le monde. Quoi qu'il arrive, nous serons toujours sous la protection du Très-Haut, du Très- Puissant. Vraiment je serais heureuse, pour ma part, si je pouvais inspirer à votre chère âme autant d'indifférence qu'il s'en trouve dans la mienne, du moment où je sais que, pendant le peu de jours que dure ce pèlerinage terrestre , l'adorable volonté de Dieu s'accomplit en moi. Je le fais, ce pèlerinage, au milieu de tant de larmes; il est semé de tant de croix, qu'assurément la joie se trouvera au terme, avec le repos éternel.
« Regardez là -haut: les plus élevés au ciel ne furent-ils pas les plus abaissés sur la terre? Ce qu'ils ont ambitionné le plus , c'était la pauvreté et l'humiliation, ces compagnes fidèles de leur Maître, et de notre Maître, pendant sa vie toute de douleur. Ce n'est pas pour vous que je dis ceci, c'est pour celle en qui je vous vois souffrir plus qu'en vous-même. Mais, chère amie, si Notre-Seigneur ne nous donnait que nos propres misères à porter, sans nous affliger en ceux que nous aimons au point d'avoir fait d'eux la meilleure partie de nous-mêmes, nous ne souffririons pas de la même manière que lui, qui n'a. tant souffert qu'à cause de nous, et à cause des outrages faits à son Père.
C'est maintenant que nous sommes dans la sûre et véritable voie qui conduit à cette longue, longue éternité que nous avons , là , devant nous. Ayons seulement du courage, et nous marcherons vers le ciel avec la vitesse d'un bon coursier, au lieu de ramper et de nous traîner dans le chemin. Tout ce que je puis dire, c'est que notre Maître est trop bon pour nous, s'il nous donne à finir notre vie comme il a voulu passer la sienne, sans une place où reposer sa tête. L'eau me vient à la bouche, vraiment, quand je pense qu'il m'accordera peut-être cette faveur ! Mais que tout soit fait dans l'ordre de sa providence, ne demandant rien, ne refusant rien ! Béni soit, mille et mille fois , son nom saint et bien-aimé. »
Ainsi nulle épreuve ne le déconcertait, ce cœur de notre Elizabeth, fixé vraiment, et comme enraciné, dans la volonté de Dieu. Tout lui était aimable et bon , puisque tout lui venait du Maître aimant, du Maître aimé, qui voulait, à cette heure, son perfectionnement; et plus tard, et toujours, son salut éternel. Mais si éprise qu'elle fût de la divine volonté, elle ne s'abusait point sur les suites qu'aurait pour elle l'événement dont elle était menacée. Dans l'obscurité de son avenir, elle entrevoyait ce qui avait fait le repos et la sécurité de sa vie