CHAPITRE VIII
et les petits poissons; les multipliant, par conséquent, dans les mains de ceux qui les distribuaient. Ma pensée ne.s'arrêie pas un seul instant sur moi ; je regarde droit à mon Dieu , et je vois qu'il n'est pas difficile de croire à ceci ou à cela , du moment que c'est lui qui le fait.
(( Il y a bien des années, je lisais cette pensée dans je ne sais plus quel vieux livre : « Lorsque vous dites qu'une chose est un mystère, et que vous ne la comprenez pas, vous ne dites rien contre le mystère lui-même; vous reconnaissez seulement les bornes de votre science et de votre entendement, qui ne saurait comprendre un millier d'autres choses dont vous tenez la certitude pour absolument incontestable. »
« Il est une autre pensée qui me vient souvent à l'esprit : si, comme on veut me le dire, elle n'était pas vraie, cette religion qui a donné au monde les célestes consolations attachées à la foi en la présence réelle d'un Dieu s'offrant lui-même dans le sacrement de l'autel, pour nourrir les pauvres voyageurs errants au milieu de ce désert terrestre, comme la manne autrefois nourrissait les Hébreux dans le désert de leur Chanaan ; si elle n'était pas vraie, cette rehgion; si elle était une oeuvre ou une invention humaine, Dieu ne nous aimerait donc
pas, nous les enfants de sa rédemption, noi3s, les rachetés du sang précieux de son cher Fils, autant qu'il a aimé les enfants de l'ancienne loi? Il voudrait donc que nos églises restassent désertes avec leurs murailles nues, avec nos autels qui ne possèdent ni l'arche sainte sur laquelle sa présence divine reposait, ni aucun des anciens et précieux gages de son amour pour nous? On me dit que je dois honorer Dieu en esprit et en vérité; mais mon pauvre esprit s'assoupit sans cesse, ou s'en va errant de çà de là, faute d'avoir où fixer son attention. Pour dire la vérité, très-chère Amabiha, quand je suis devant une image du crucifix que j'ai trouvée il y a quelques années dans le portefeuille de mon père, je me sens dans une plus véritable union de cœur et d'âme avec Dieu ,
que je n'en sens dans le
« Mais ce que j'allais dire est une folie ; car la vérité ne dépend ni des gens qui sont autour de nous, ni du lieu où nous nous trouvons. Je puis dire seulement que je soupire et languis du désir d'adorer notre Dieu dans la vérité ; et que, si je ne vous avais jamais rencontrés, vous autres cathohques, et que cependant j'eusse lu les livres que M. Hobart m'a apportés, ils m'auraient à eux seuls jetée dans un abîme de doutes et d'incertitude. Oh ! mes doutes pourtant, ils me servent tant à calmer mon esprit