CHAPITRE Vill
Quand je me réveille de mon court sommeil, il me semble que je l'ai employé à prier. Mes pauvres yeux sont presque aveugles à force d'avoir pleuré; car le moyen d'implorer la faveur que je c'emande, sans un torrent de larmes et sans toute l'émotion du cœur? Mes enfants disent continuellement . « Pauvre maman ! pauvre maman ! » Réellement ils sont plus gentils que jamais, parce qu'ils ne veulent pas ajouter à ma tristesse. Elles sont douces cependant ces larmes; elles sont douces ces peines; et grande est ma consolation, de voir que si la source toute-puissante de la lumière ne me visite pas encore de ses bienheureuses clartés, elle ne me laisse toujours pas satisfaite et insensible au milieu de mes ténèbres ! »
ELIZABETH A ANTONIO FILICCHI
30 septembre 1804.
« Vous auriez aimé aujourd'hui entendre les questions de mes enfants sur saint Michel, et voir comme ils écoutaient avidement ce que je leur disais des soins qu'ont pour nous les saints anges, et de l'histoire de saint Michel chassant Lucifer du ciel ! Après leurs prières,
ils attendent toujours à genoux que je les bénisse chacun avec le signe de la croix ; ce que je ne manque jamais de faire, en élevant mes yeux vers Dieu , dans l'humble attente qu'il ne nous abandonnera pas.
« J'aurais beaucoup de choses à vous dire , mon frère ; mais j'aime mieux attendre jusqu'à l'heure très-désirée où nous nous retrouverons assis devant notre gros livre, ouvert sur la table. Je crierais volontiers maintenant, comme faisait mon pauvre William : « Antonio, Antonio, Antonio! » Mais je me reprends, et mon âme crie: « Jésus, Jésus, Jésus! » C'est là qu'elle trouve le repos et une paix céleste. Son tourment s'apaise à ce cher nom, comme mon enfant, dans son berceau, s'apaise à mon chant. Le Psautier de Jésus, dans le petit livre que vous m'avez donné, est mon livre de prédilection : le nom de Jésus y revient si souvent !
« Vous me recommandez de ne pas néghger les Vies des Saints. Je le voudrais, que je ne pourrais. Elles m'intéressent tellement, que je leur consacre en entier le peu de moments que je puis saisir pour la lecture; j'y trouve le soulagement de mon esprit, en ce qu'elles amoindrissent ses troubles et les réduisent presque à rien par la comparaison. Quand je hs que saint Augustin demeura si longtemps dans un état d'esprit plein d'hésitation entre la vé-