CHAPITRE VIII
voiià ce qui parut possible à cette âme aveuglée par la douleur. Au comble de désolation où elle était arrivée, Elizabeth se méconnaissait elle-même et n'espérait plus en son Dieu. Jetée hors la voie , elle était véritablemerit la hrèbis perdue.
Une nouvelle année venait de commencer.
Le 6 janvier 1805, jour de la fête de l'Epiphanie, que les protestants célèbrent avec une solennité parlicuhère, la pauvre égarée, qui s'était elle-même exclue de toute Église et de toute assemblée religieuse, demeurée seule à son foyer , sentit fondre sur elle des pensées désolantes. Au dedans, tout obscurité ; la piété ruinée, la foi éteinte. Mille croix au dehors. Point de force pour les supporter. Le découragement sur les ruines de la piété disparue. Pour la première fois, « outre les croix du dehors, cette grande croix intérieure du découragement, sans laquelle toutes les autres ne pèseraient rien '. » Elle demeura longtemps repliée sur elle-même, cruellement occupée à sonder cet abîme où elle était descendue. Tout à coup, par la miséricorde de Dieu, repoussant les funestes images dont elle était obsédée, elle eut comme un élan de son cœur vers les pieuses habitudes de toute sa vie. Un volume
1 Fénelon. Lettres spirituelles.
de Bourdaloue se trouvait sous sa main, elle l'ouvrit à l'endroit du sermon sur la fête du jour. Les pages auxquelles elle s'arrêta semblaient écrites pour elle :
« Il faut que notre foi soit éprouvée , et par où? Par ces délaissements et ces privations si ordinaires aux âmes les plus justes : et si nous ne sommes pas encore assez forts pour dire à Dieu ce que lui disait le prophète royal : Proba me, Domine, Éprouvez-moi , Seigneur, il faut qu'à l'exemple des Mages, nous soyons assez saintement disposés pour persévérer dans les épreuves où il lui plaît de nous mettre ; il faut que le souvenir des lumières dont nous avons été touchés , nous tienne lieu de ces lumières mêmes, quand Dieu vient à nous les ôter; et qu'il nous suffise de pouvoir dire : Vidimus stellam ejus. Je ne vois plus ce qui m'excitait autrefois, et ce qui m'attachait à Dieu ; mais je l'ai vu, mais j'en ai connu la vérité et la nécessité, mais j'en ai été persuadé. Or tout ce que j'ai vu subsiste encore : et puisqu'il subsiste encore, qu'il subsistera toujours, et qu'il aura toujours la même force, pourquoi ne fera-t-il pas toujours sur moi la même impression, et ne me servira-t-il pas toujours de motif pour m'animer, et de règle pour me conduire? . .
, . . . « En quelque état d'aveuglement