‹ Elizabeth Seton (volume 2)Chapitre 122 sur 225 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

puisque j'y revins avec la résolution de ne plus aller chez les protestants ; m'étant sentie infiniment plus troublée que je n'aurais jamais imaginé pouvoir l'être. Je l'avais été à un tel point, qu'inclinant mon cœur devant l'évèque pour recevoir son absolution, qu'il donne publiquement, et à tous ceux qui sont présents dans l'église, je n'avais pas senti en moi la moindre foi en ses prières. J'aurais préféré cent fois entendre la formule apostolique pour la rémission de mes péchés; cette formule dont ils ne veulent plus, et même qu'ils repoussent, à ce que je vois, d'aprôs les livres de M. Hobart.

« J'allai tremblante à la communion , à demi morte de ma lutte intérieure. Lorsque j'entendis ces mots : Le corps et le sang du Christ! oh! Amabilia, il n'y a pas de parole pour dire le supplice où je fus! Je me souvins que dans les éditions précédentes de mon ancien livre de prières, du temps que j'étais enfant, on n'enseignait pas comme aujourd'hui , qu'on prend et qu'on reçoit le sacrement spirituellement. Toutefois, pour repousser ces pensées, je pris les Exercices de chaque jour, du bon abbé Plunket ', pour y lire les prières delà Commu-

1 L'abbé Plunket était un digne prêtre irlandais, qu'Elizabetb avait vu souvent à Livourne dans l'intimité tles Filicchi. Il avait appartenu à la compagnie de Jésus, avant qu'elle eût été supprimée.

nion ; mais ayant vu que chaque parole qui s'y trouve était adressée à notre Sauveur comme réellement présent, je devins presque à moitié folle. Revenue chez moi, je ne pus supporter pour la première fois de ma vie les douces caresses de mes enfants chéris; et quand ils se mirent à leur petit repas , je me trouvai hors d'état de le bénir. 0 mon Dieu! quelle journée! Elle s'acheva dans le calme, pourtant. J'abandonnai tout à Dieu, et me renouvelai dans mes sentiments de confiance envers la sainte Vierge, dont le doux et paisible regard me reprochait ma téméraire démarche, et m'invitait à fixer mon cœur en haut, dans une espérance meilleure. »

Cette lutte toujours renaissante épuisa les forces d'Elizabeth; elle tomba dans une sorte de désespoir. A quelle extrémité la conduisirent les tortures de son esprit, nous le mesurerons par la funeste résolution à laquelle elle s'arrêta. Couper court à ses recherches , renoncer à toute étude religieuse , fuir les assemblées del'Éghse épiscopalienne, ne faire aucun pas vers une autre Église , ne plus s'attacher désormais à aucune forme particulière de christianisme, et attendre dans ce néant moral l'heure de sa délivrance, qu'elle ne séparait plus dans sa pensée de l'heure de sa mort:

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