CHAPITRE VIII
SOUVENIR DE CETTE JOOINÉE DE l'ÉPIPHANIE
(Écrit quelques années plus tard par Elizabeth.)
« Jour de la manifestation ! ... . que de souvenirs à faire fondre mon cœur , que de souvenirs de cette année 1805, quand, délaissée de tous, j'étais seule avec Dieu.... Ma résolution désespérée de demeurer jusqu'à la mort sans aucune religion, puisque je ne pouvais parvenir à reconnaître quelle religion était la vraie.... Et cette ardeur en étendant mes bras vers Lui , en lui criant : Je m'attacherai à vous à la vie et à la mort; j'espérerai en vous jusqu'au dernier soupir!... Et puis, en ce même jour de l'Epiphanie, quandje pris ce volume de Bourdaloue, et que je l'ouvris justement à ces pages qu'il a sur cette même fête.... Et quand je trouvai ces mots : 0 vous , qui avez perdu l'étoile de la foi!.... L'angoisse, la détresse, comme un torrent, qui de nouveau fondit sur moi!.... Voir un prêtre catholique. Oh ! c'était bien là le suprême désir ! mon unique désir en ce monde ! Mais c'était impossible. Aussi j'écrivis immédiatement à l'évêque Cheverus.... Son admirable réponse....
La congrégation catholique à New-York au commencement (le ce siècle. — MM. William et Mattliew O'Brien. — Elizabeth à la veille de sa conversion. — Elle s'adresse à M. de Gheverus, prêtre de la mission de la Nouvelle- Angleterre. — Action providentielle des prêtres français émigrés aux États -Unis. — Journal d'Elizabeth. — Sa joie dans l'attente de son abjuration ^ et après qu'elle a accompli cet acte solennel. — Sa première confession. — Sa première communion. — Lettres à M. de Gheverus, à Antonio , à Amabilia Filicchi. — État embarrassé de la succession de William-Magee Seton. — Elizabeth , abandonnée de tous les siens , est obligée de se créer des ressources pour vivre. — Elle cherche à ouvrir une petite école d'enfants. — Premier insuccès. — M. et M™« White la demandent comme associée. — Ses occupations de chaque jour; sa foi, son esprit de retraite et de piété. — Sa dévotion à la sainte Eucharistie. — Nouveau changement de situation. — Arrangements pris avec M. Harris.
Il faut à toute conversion un Philippe, un Ananie. A la parole d'Ananie, les écailles tomberont des yeux de l'aveugle Paul; et quand Philippe enseignera cet humble païen, chercheur de la vérité, qui l'appelle à lui, Jésus sera
bientôt compris et suivi. Tel est l'ordre établi de Dieu. Cet ordre ne peut changer : Jésus est d'hier; il est d'aujourd'hui; et il sera le même dans tous les siècles. Son Eglise a toujours ses docteurs pour nous enseigner, ses apôtres pour nous évangéliser, ses ministres pour imposer sur nous leurs mains, ses Philippe, ses Ananie.
Elizabeth avait compris par la grâce de Dieu qu'il lui fallait , avant tout, le secours qui vient d'un guide éclairé, autorisé. Mais ce secours, où le trouver? Deux prêtres seulement à cette époque, M. WiUiam O'Brien, et M. Mattiiew O'Brien , son frère , desservaient la petite congrégation catholique de New-York. De pauvres Irlandais la composaient, au nombre de quelques centaines. La seule église qu'elle possédât, Saint-Pierre, construite au coin de Barclay and Church streets, avait été commencée en 1786, avec l'argent des aumônes que M. William O'Brien était allé recueillir lui-même en divers pays de l'Amérique du Sud , notamment au Mexique. Avoir cette église à soi , si humble qu'elle fût, était un droit dont on jouissait avec ce contentement que donne un bonheur encore tout nouveau. On se souvenait que vingt ans auparavant ' on allait entendre la messe dans
i En 1781,1782.
un hangar au-dessus de la boutique d'un charpentier près de Barclay street , reléguée en ce temps-là dans un faubourg loin du centre. La première fois que les catholiques , à New- York , s'étaient assemblés ouvertement pour célébrer les offices de leur religion, c'était dans l'année 1783, après que la ville avait été évacuée par les troupes anglaises. Le premier prêtre qui officia pour eux fut le vénérable Père Farmer ', qui, ce jour-là, vint tout exprès, à ce dessein, de Philadelphie. Le premier prêtre catholique régulièrement établi au milieu d'eux, fut le Père Whelan, un capucin Irlandais, venu en Amérique, comme aumônier à bord d'un des vaisseaux de la flotte française que le Roi avait envoyée, sous le commandement de M. de Grasse, au secours des Américains -. A l'issue de la guerre , le charitable Père Whelan s'était résolu à sedévouer à la mission d'Amérique . Son titre d'aumônier attaché à la flotte d'une puissance amie , l'avait recommandé aux autorités
1 Le Père Former était un Allemand, né en Souabe , en 1720. Membre de la compagnie de Jésus, attaché à la province d'Angleterre, il avait été envoyé en Amérique en 1752. Son véritable nom était Steenmayer; il le changea pour prendre le nom de Farmer, plus facile à prononcer chez les Américains. 11 mourut à Philadelphie, en 1786, in odore sanctitatis. — Notes manuscrites laissées par M. Brute de Remur, le premier évêque de l'Indiana.
2 Dans l'année 1781.