CHAPITRE IX
cette heureuse nouvelle, que vous apprendrez avec un bonheur si grand ; mais je me suis trouvée, vous le comprendrez, entièrement absorbée dans le soin de recueillir toutes les puissances de mon âme pour recevoir avec la sainte Eucharistie le gage de l'éternelle félicité. Je le reçus en effet, le jour heureux de la fête de l'Annonciation, A ce moment il me sembla que j'étais admise à une nouvelle vie et à cette paix qui surpasse toute pensée. Se dis maintenant à Dieu : Vous avez délivré mon âme de ta rnorty mes yeux des larmes , mes pieds de Vahîme. Aussi, ce que je désire assurément le plus, c'est de plaire à mon Dieu dans la (erre des vivants. Mon privilège me semble si grand, et ce que la miséricorde divine a fait pour moi est si fort au-dessus de mes plus hautes espérances, que je puis à peine me rendre compte de mon immense bonheur.
« Vous, cher Monsieur, vous ne pourrez jamais faire une pareille épreuve ; mais vous pouvez vous imaginer ce que doit sentir une pauvre créature écrasée, abattue sous le poids de ses péchés et de ses chagrins, qui tout à coup, par une transition soudaine, passe à la vie , à la liberté , au repos. Oh ! priez pour moi, afin que je sois fidèle et que je persévère jusqu'au bout.
« Je voudrais bien vous demander vos con-
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seils sur ce que je dois faire pour conserver tant d'inestimables faveurs. Il y a beaucoup de bons livres, je le sais; mais des conseils de direction qui viennent d'une source qu'on vénère font une impression bien plus profonde. Ainsi, autrefois, de tout temps, j'ai remarqué et j'ai goûté beaucoup ces chapitres de saint Jean que vous m'avez indiqués; mais depuis que j'ai été dirigée par vous , je me suis fait une règle de les lire constamment. Le livre dont vous me parlez, Vlmitatioyi de Jésus-Christ, a toujours été ma consolation dans les moments les plus pénibles de ma vie. Je puis dire qu'un des grands pas que j'ai faits lorsque je marchais vers la vérité, a été déterminé parle témoignage qu'un écrivain protestant rend à l'auteur de ce livre , qu'il loue pour sa science admirable des Écritures , et pour la ferveur de son zèle au service de Dieu. Je me souviens qu'un jour, en lisant ces paroles, je tombai à genoux et je demandai à Dieu, tout en larmes, si celui qui avait si bien connu sa sainte Écriture, et qui avait eu un si ardent amour pour lui, avait pu se tromper sur la vraie foi? De même, en ce temps là, quand je lisais la vie de saint François de Sales, je me sentais une grande inclination à le suivre; et je ne pouvais m'empêcher de demander pour mon âme une part dans l'héritage de son âme au grand jour du