‹ Elizabeth Seton (volume 2)Chapitre 138 sur 225 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

que de m'entretenir un seul instant sur un sujet qui, certainement, serait une offense envers lui. »

ELIZABETH A AMABILIA FILICCHI

16 avril 1805.

« Vous attendez sans doute depuis longtemps une réponse à votre dernière lettre; mais j'écris par la première occasion que m'indique votre Antonio. D'après ce qu'il me dit, il y a des mois qu'une telle occasion ne s'était présentée. Oh! ma chère Amabiha, votre âme si élevée, si heureuse, ne pourra jamais se figurer l'angoisse qu'a souffert la mienne, et ses combats, depuis que je vous ai quittée; mais si vous le pouviez, vous ne vous étonneriez pas de ce que j'aie évité d'écrire et de parler de ce qui me rendait si malheureuse. A vous qui m'êtes si chère , il m'eût été impossible d'écrire sans l'exprimer. Maintenant tout est passé; l'épais nuage a fait place aux brillants rayons du soleil de la paix ; mon âme est aussi libre , aussi heureuse qu'elle était accablée, désolée. Dieu a été bon envers moi; il a écarté de mon esprit toute prévention contre la vraie foi, et m'a donné la force de tenir tête aux obstacles et aux tentations de toute nature qui me sont venues du dehors.

« Ce que VOUS pourrez comprendre, Amabilia, c'est le bonheur que j'ai ressenti quand, de nouveau, il m'a été permis de m'agenouilier à l'autel de mon Dieu, et de goûter ces avantgoûts du ciel qu'il nous a préparés sur la terre. Maintenant tout m'est aisé. Pauvreté, souffrances, mécontentement de mes amis, tout me conduit à Lui, tout excite plus vivement mon cœur au désir de se rapprocher de son Bien unique. Comme votre cher, charitable cœur, si souvent élevé vers Dieu, pour moi, dans la prière, se réjouira maintenant! Je sais qu'il se réjouira, et aussi les cœurs des chères saintes de Gubbio ', qui ont gardé à la pauvre étrangère un si tendre souvenir. Si je pouvais me faire comprendre d'elles -, je leur écrirais

1 Gubhio est une ancienne ville étrusque, dans l'Ombrie. Les Filicchi, qui appartenaient à. la noblesse de cette ville, y avaient établi leur résidence depuis le conimeiicement du siècle dernier. Le lieu de leur origine est Pietra-Luuga, à sept milles de Gubbio : là se trouve un château que possède encore la famille.

Les saintes personnes dont Elizabeth parle ici sont la pieuse mère et les trois sœurs de M. Filicchi. Deux de ces dernières étaient religieuses, tliznbeth avait une grande confiance en leurs prières, surtout aux prières de l'uue d'elles, Gamilla, qui vivait tout eu Dieu, et qui avait pris le plus vif intérêt à sa conversion.

2 Aucune de ces dames ne comprenait l'anglais, et Elizabeth parlait à peine l'italien.

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