CHAPITRE IX
pour les remercier le plus affectueusement, et je leur demanderais de rendre leur couronne encore plus brillante, en priant Dieu pour que la couronne qu'elle m'ont aidée à gagner ne me soit pas ravie.
« Votre Antonio est toujours à Philadelphie. Oh ! que vous seriez heureuse si vous pouviez le voir, si bien, si beau, et si heureux d'avoir reçu votre doux portrait. C'est à peine s'il voulait souffrir qu'un autre que lui y touchât. L'expression de la physionomie est tout à fuit celle que vous auriez pu souhaiter! tendre et triste, comme si vous gémissiez de votre séparation... Lui , il la trouve ainsi , et il parle si tendrement à ce portrait! Il semble que vous soyez là devant lui. Il parle aussi, comme s'il l'avait quitté seulement d'hier, de sonPatrizio, de ses moindres mouvements, de ses jeux, de toutes ses petites façons si aimables et si amusantes. Moi , je vois toujours votre Giorgino ' avec ses chers petits bras qu'il me tend, et ses doux gentils sourires. Oh! s'il m'était jamais donné de le tenir encore contre mon cœur, comme je serais heureuse ! Mais ce bonheur avec tant d'autres désirs et souhaits, je ne l'attends que du paradis. Ici, je ne l'aurai jamais, selon toute
1 Giorgio Fillcchi, le second fils d'Antonio et d'Amabilia, né en 1803, mort en 1837.
apparence humaine. Je puis, du moins, penser à vous tous , à vos chères filles ; à vous, chère Amabilia, et à toutes les marques de votre bonté si peu méritées. Il n'y a que Dieu qui puisse vous récompenser. Nous avons bien sujet de le bénir d'avoir préservé votre Antonio du danger de la fièvre, dans chacune de ces deux villes *. Il est en parfaite santé. Bien sûr il vous l'aura dit ; car il en parle comme d'un bienfait signalé de la Providence. Ah! de quelle âme reconnaissante je l'adorerai, cette Providence divine, quand je le saurai rendu sain et sauf auprès de vous.
« Embrassez pour moi vos chéris , des milliers de fois. La petite Anna se développe beaucoup ; elle parle de Livourne avec bonheur, et de vos chères filles, comme si elle venait de les voir. Quand Antonio lui a montré votre portrait, elle en a été dans le ravissement. Elle me disait après: ce Oh! maman, j'aurais tant voulu le tenir dans mes mains et l'embrasser! »
« Chère, chère Amabiha, que toutes les bénédictions du Seigneur soient sur vous ! »
1 La fièvre jaune, qui sévissait à la fois à New-York et à Philadelphie. 11 est question de ce fléau dans presque tontes les lettres écrites à cette époque par Elizabeth.
Une amie comme Amabilia Filicchi ! avec elle, on pense tout haut, on lui ouvre son cœur, on trouve en elle à la fois tendre affection et sympathie ; on est des heures entières près d'elle sans les compter. — De quoi donc parhez-vous, seule à seule, toutes deux? — Vous demandez de quoi? Le sais-je?... Je lui parlais de moi, je crois; mais comme à un autre moi-même. Elle me parlait d'elle aussi. — Une telle intimité n'existait plus pour E'izabeth. Nulle n'en avait mieux compris la douceur ; nulle n'en pouvait sentir plus tristement la perte. La nouvelle de sa conversion fut le signal de l'abandon pour ceux qui lui tenaient de près, et qui semblaient l'aimer autrefois davantage. Tous cessèrent de la voir; on eût dit qu'un abime s'était ouvert entre elle et eux. Seules, M™es Sadier et Duplex, bien qu'éloignées de l'approuver , retinrent leur blâme et lui demeurèrent fidèles. M™c Duplex, dévouée à ses affections, calme et maîtresse de sa raison au milieu de Femportement général , s'occupa d'elle, et fit du mieux pour l'aider à se créer une situation moins embarrassée. Elle y réussit. En peu de temps , elle trouva une combinaison qui ne s'écartait pas des premiers projets qu'avait eus Ehzabeth. Il s'agissait pour elle, cette fois, non plus de monter une école à elle seule, mais d'apporter son concours dans
une semblable entreprise. Avant de rien décider, elle consulta Antonio Filicchi :
« Un Anglais, M. White, homme bien élevé, d'un caractère des plus respectables, et un savant achevé, mais qui se trouve dans une position de fortune Irès-réduite , veut essayer de fonder une école pour de jeunes filles et peutêtre aussi pour de jeunes garçons, avec sa femme qui le seconderait. Il a vu mes enfants, s'est pris d'intérêt pour eux, et a offert de s'occuper de leur éducation et de me recevoir pour l'assister dans le soin de son école, si elle réussit; ce qu'on a tout lieu d'espérer, car il est bien recommandé , et l'on a grand besoin d'une école telle qu'il se propose de l'établir. J'aurais là une bonne perspective pour l'éducation de mes garçons, et ma conscience se calmerait si je trouvais à m'employer, pour si peu que ce fût , à notre entrelien. Mon Anna pourrait aussi recevoir plus d'instruction que je ne saurais lui en donner. Mais de même que dans une maladie , mes yeux se tournent vers Dieu , de qui j'attends paisiblement le succès de tout remède essayé contre le mal ; ainsi maintenant, je prends avec beaucoup de calme la proposition qui m'est faite, ne désirant sa réussite que si vous y donnez votre approbation. »
Antonio Filicchi donna son complet assen-