CHAPITRE X
trer avec eux, je suis comme si l'on m'avait vue seulement de la veille. Mais maintenant que la pauvre patiente a cessé de vivre, il est à penser que je ne les verrai plus. J'étais là au dernier moment, seule auprès d'elle. Je lui ai fermé les yeux , Antonio ! Ah ! mon frère , que c'est terrible , sans prières, sans sacrements... Terrifiée, impatiente, misérable...! Comment pourrions-nous jamais louer assez cette miséricorde qui nous a placés sur le sein de notre Maître ! »
LA MEME AU MEME
Lundi de Pâques, 30 mars 1807.
« Une heureuse résurrection à vous et à votre très - cher frère ! Je vous souhaite, dès maintenantij un avant-goût de ce bonheur qui nous réunira pour n'être plus séparés par les détroits ni par les mers, par les golfes, par l'obscurité. Est-ce que vous ne vous réjouirez pas à ce brillant matin ! Oh ! si, bien sûr! et le sourire de notre ami saint Pierre ajoutera à notre joie... Dites à la chère Amabilia que le petit agneau, le repas chez sa mère, avec elle et les chers siens, Rosina, les fiancées, son
frère ', la petite chapelle près de la grande croix , tout a été hier présent à mon esprit, et y a fait naîlre bien des regrets !... Mais ce qui m'en a donné le plus, c'est la pensée que j'étais en ce temps-là si indigne de sa bonté et de son affection.
« J'ai passé ma journée à l'église et avec les chers Barry. Leur tendresse et leur affection pour la pauvre fanatique fait son plus doux bonheur ici- bas. M. Hurley est toujours le même pour moi ; très en progrès d'ailleurs au point de vue de son caractère dans la mission qu'il remplit. Ces singularités que nous regrettions de rencontrer en lui, ont disparu tout à fait. Il est mon ami, rigide et sévère dans les temps de calme ; mais le plus indulgent, le plus compatissant, si quelque trouble me survient. Nous avons toujours maintenant M. Kelly, qui est une très-grande acquisition pour notre église.
1 Allusion à une pieuse et antique coutume qu'on observait fidèlement chez les Filicchi. Tous les ans, le jour de Pâques, M™= Amabilia Filicchi, avec son mari, ses enfints et les hôtes de sa maison, allait déjeuner eu famille chez sa mère, qui réunissait à sa table enfants, petits-enfants, proches parents, pour la cérémonie de la bénédiction de l'agneau et des œufs de Pâques.
Rosina, dont parle Elizabeth, était la sœur de M"« Filicchi; les fiancées, la ft^mme de son fière et une autre sœur, toutes les deux alors nouvellement mariées. Elizabeth ne les avait connues que fiancées.