CHAPITRE X
MM. de Cheverus et Matignon m'ont écrit dans leur consolant et céleste langage, avec la même patience, la même chanté que j'étais accoutumée à trouver chez M. Tisserant, lequel e&t en route pour revenir ici , à ce qu'on croit. Combien je serai heureuse, heureuse quand je le reverrai !
« En vérité, c'est une chose singulière que d'avoir le nom de persécutée , et de jouir cependant des plus grandes douceurs ; d'être pauvre et misérable, et cependant riche et heureuse; délaissée, abandonnée des siens, et cependant chéiie, tendrement traitée par les plus favorisés d'entre les amis et serviteurs de Dieu. En ce moment, si votre sœur n'avait pas l'air le plus heureux et le plus souriant du monde , elle serait véritalement une hypocrite. Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur ; réjouissez-vous , réjouissez-vous l »
ELIZABETH A FILIPPO FILICCHI
10 avril 1807.
« Il m'est très-bon d'être forcée de conquérir au milieu des traverses cette habitude de la sérénité qui m'affermira le mieux dans la voie que je poursuis. Aussi mon application de tous
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les jours est de tenir ferme à votre premier conseil, qui est aussi celui de saint François de Sales, qui nous dit d'accepter tous les événements de notre vie d'un cœur gracieux et paisible, et d'opposer à toutes nos contradictions la bonne humeur et la gaieté. J'y réussis tellement, que c'est maintenant une opinion bien établie que M'"" William Seton est dans une situation très-heureuse. M. Wilkes, qui a déjà changé deux ou trois fois de religion , s'en va répétant ; « Vraiment la Providence n'en fait pas tant pour moi que pour M™e Seton , car on la voit heureuse et contente dans toutes les situations. » — Pour moi, je vous avouerai que ]\|me William Seton est obligée de veiller sur elle-même avec bien de l'attention, pour conserver la réalité de cette paix qui parait en elle. Vous savez, Filicchi, ce qu'il en coûte pour être toujours humble et satisfaite, bien que cette disposition soit un vrai trésor, quand on se l'est rendue famihère. Priez , je vous en conjure, ne cessez de prier pour cette âme dont le salut vous a déjà coûté tant de soins.
(( Je suis en possession du plus grand bonheur de la terre, obtenant de recevoir la sainte communion, quelquefois jusqu'à trois fois la semaine , quand le soin de mes enfants ou l'empêchement du mauvais temps ne me retient pas. Rien ne saurait vous exprimer les ardentes