CHAPITRE XI
Près d'un an s'était écoulé : aucun changement n'était survenu. Dieu n'avait rien retranché aux épreuves de sa fidèle servante ; sa main la formait à la patience dans les mêmes contradictions, dans la même attente. Elle n'avait plus revu M. du Bourg. Lorsqu'il revint à New-York, après ce long intervalle, on était au printemps de l'année 1808. Pour dire la vérité, quel qu'eût été son bon vouloir, ses projets de créer cette école à Baltimore ne se trouvaient guère encore qu'à l'état de souhait. Comme il s'en entretenait avec Eiizabeth, dans la maison de M™^ Barry, la pente de la conversation amena quelqu'un qui se trouvait là, à lui demander nous ne savons trop quel détail sur la propriété du collège de Sainte-Marie, et sur certains lots de terrains vacants que les Sulpiciens possédaient tout auprès. « Des terains vacants, dit Elizabeth, en manière de plaisanterie, si j'allais là-bas, et si je les demandais ? — Sur quoi M. du Bourg la prenant au sérieux, augurant bon succès de l'air de résolution qui paraissait en toute sa personne, s'intéressant d'ailleurs à elle et à toute sa famille , comme il s'intéressait — c'est une remarque d'Elizabeth — aux moindres créatures du bon Dieu, du moment qu'il pouvait leur être utile en quoi que ce fût : « Venez chez nous, Mme Seton, lui dit-il, nous vous aiderons à former un plan de vie qui mettrai
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VOS enfants à l'abri des dangers dont ils sont menacés ici. Vous-même, vous trouverez à Baltimore beaucoup plus de consolations pour votre foi que vous n'en avez goûté nulle autre part. Nous avons un vif désir de former cette école pour élever les enfants dans la piété. A quoi bon différer davantage? Sans rien acheter ni bâtir, on peut louer une maison. Le courage ne vous manque pas pour vous mettre à l'œuvre; et l'expérience d'une première année vous éclairera , vous et vos amis, sur les mesures qu'on devra prendre plus tard. »
c( Comme on le pense bien, dit Elizabeth, je ne fis d'autre objection que celle de mon manque de capacité. A quoi M. du Bourg me répondit : « Ne craignez rien , nous avons encore plus besoin d'exemples que de talents. » Puis, avec l'autorité d'une expérience exercée dès longtemps en de vastes entreprises, avec la clarté d'un esprit net et précis , le bon prêtre lui fit comprendre que son plan, tout hardi qu'il était, n'avait rien d'aventureux. Elle n'hésita plus. Le moment enfin était venu ; « un sage délai avait fait mûrir les bons desseins que la grâce avait fait naître. »
A ce moment décisif, nous retrouvons Antonio FiUcchi. Non pas qu'Elizabeth eût eu la joie de recevoir de ses nouvelles. Elle en était,