CHAPITRE XIll
1er de vous , à vous écrire ! nous oublierions le monde entier avec ses vanités de toute sorte, nous oubliant nous-mêmes dans le souvenir du ciel et de vous !... Penser à cela, c'est déjà trop ! Mais quel bonheur pourtant y serait comparable! Vraiment, il n'en est aucun qui pût me donner une plus complète satisfaction.
« Vous savez quels sont mes chagrins depuis plusieurs années. J'ai besoin de consolations pour ne pas me laisser abattre. Puisqu'il en est ainsi , je suis sûre que ma toute chérie ne refusera pas d'écouter la prière que lui fait celle qui l'aime avec une tendresse que nulle parole ne saurait exprimer. Ce que je vous demande, Elizabeth, c'est d'être présente à vos pensées le 27 décembre prochain. Oh ! oui, ce jour ne cessera jamais d'être pour vous et pour nous tous un jour d'amère douleur '.,. Mais telle a été la volonté de notre adorable Maitre; c'est à nous d'incliner la tête et de baiser la main qui nous frappe.
« Rappelez vos souvenirs, chère sœur; rappelez-vous que ce fut précisément en ce jour que votre Henriette fut initiée à une vie nouvelle; non pour reposer sur un lit de roses, mais d'épines. Souvenez-vous que depuis plu-
' Le 27 décembre était le jour anniversaire de la mort de William-Magee Seton , arrivée près de cinq ans auparavant.
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sieurs années elle s'est accoulumée à avoir part à vos pensées les plus tendres, et à rerevoir de vous, pour l'année près de commencer, quelques règles de conduite, quelque affectueuse lettre de conseils et de consolation. J'en ai plus besoin que jamais ; et je vais soupirer après le jour qui m'apportera de vous, ne fût ce qu'une seule ligne, pour me dire que j'ai été présente à votre pensée, au pied de la croix. »
Gecilia n'eut pas longtemps Henriette auprès d'elle. Isolée de nouveau dans une famille toute protestante, la pauvre enfant ne tarda pas à rencontrer avec les mêmes préjugés les mêmes rigueurs. Parmi ses parents , ceux qui se croyaient les plus indulgents, s'ils lui épargnaient le reproche direct, lui montraient ce calme cruel, qui s'entend à blesser le cœur au plus profond , sans lui laisser le droit consolant de la plainte. Quant aux autres, moins maîtres de dissimuler leurs mouvements intérieurs, ils n'avaient pour elle, selon ses propres expressions, que « des paroles de colère et des regards de travers ». On attaquait sa religion en sa présence, on affectait l'indignation contre ce qu'on appelait « les abominations du papisme ». Ces insultes allaient droit à elle, et l'atteignaient à la prunelle de