CHAPITRE XIV
rait à pas lents les verts sentiers des bois, s'arrêtait pour respirer les saines senteurs des herbes sauvages, et s'asseyait au milieu do quelque clairière sur la mousse et sur l'herbe en fleur. Là, pensive, recueillie en elle-même, elle contemplait avec délices pendant des heures entières les beautés du paysage qui se déroulait sous ses yeux. Quand ses forces le permettaient, elle gravissait les hauteurs qui mènent de la vallée à l'église. Pour elle, c'était là comme un pèlerinage. Elizabeth ne manquait pas de le faire deux fois chaque jour. Henriette l'y accompagnait. Elle cheminait avec ses sœurs jusqu'au terme de leur marche; mais, étrangère à la maison de Dieu, elle n'osait en passer le seuil. Restée seule au dehors, elle errait triste dans les bois, ou elle attendait assise sur quelque rocher.
Par une belle soirée de juillet, elle était demeurée comme à son ordinaire à une petite distance de l'éghse. Le soleil allait disparaître; ses feux doraient d'un doux éclat les sommets de la montagne , tandis que l'ombre s'étendait comme un voile sur la vallée. A cette heure du jour mourant tout était douceur, repos, harmonie ; la terre et les deux racontaient à l'âme attentive les louanges de leur Créateur. Henriette, absorbée dans une pensée douloureuse, semblait sourde à leur voix qui s'élevait de
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toutes parts; elle était immobile, les yeux fixés sur le petit sentier qui conduisait à l'église, comme chercliant de son regard ses sœurs disparues dans le lointain. Quand la mère Selon redescendit de la montagne, elle la trouva tout en pleurs, apenouillée au pied d'un arbre. Très-surprise, elle l'interroge, elle demande à savoir lu cause de ce chagiin. Henriette ne répond riin ; enfin suc de tendres instances: « Que ne puis-je , s'écrie-t-ellc, al'er avec vous à l'église'? » — C'ebt mainlenunt Eliz ibetli qui, d'elles deux , est la plus émue. — « A.li 1 venez avec nous, sœur bien-aimée, dit-elle. Si vous ne pouvez goiàlcr la douceur qui nous est donnée de trouver notre Dieu réellement présent ici, sur cet autel, du moins pourrez-vous réj)andre voire âme dans la prière. »
Depuis celle soirée, Henriette accompagna ses sœurs à l'église. Elley venait tous lesjours, pleine de recueillement et de respect, non-seulement à l'heure de l'adoration du soir, mais le matin , pour assister à l'ollVande du saint sacrifice. « 11 me semble, disait-elle, que j'épr.uvc pendant la sainte messe, au moment de l'élévation de la divine hoïlie, une imi-n^ession aussi profonde que si la pei sonne auguste de Notre - Seigneur était là, réellement, présente devant moi, se laissant voira travers les voiles qui dérobent sa majesté à nos regards. »
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Le 22 jnillet, fête de sainle Marie-Madekine, le divin sacrifice était olTert pour elle d;jn>; l'ôgli^e d Enmellsburg, pendant i|uo le n)êmc j'^ur, à la môme heure, on Toirrjit aii.-si pour elle dans la chapelle de SainJe- Mûrie à Buliimore. Eiiziibelh, Cecilia et Anna devaient communier ensemlile , pouraltirer plus abond.imment la bcncdiclion du Seicneur sur la chère brebis qui s'approchait peu à peu de l'etitrée du bercail. En les voyant s'avancer lou'cs les trois ensemble vers la sainte table et s'agenouiller devant l'autf-l , H'^nrieite sentit fondre son cœur; la grâce l'emportait et triomphait de sa lutte avec la nature. Elle passa dans un trouble extrême le reste de la journée, mais elle n'en laissa rien paraître. Peut-être hésitait-elle encore à embrasser la vérité qui la sollicitait. « Enfin, raconte la mère Selon, au déclin de cette journée, comme nous montions toutes les deux, iiour la seconde fois, h l'église, au milieu du silence profond de tout ce qui nous entourait, elle avait ses mains C'oisocs sur sa poili'ine, la pleine clarlô de la lune Cl lairait son L)eau et pâle visige, tout animé d'unfi céleste expression ; tandis que nous récitions le Miserere et le Te Deum, que depuis sa petite ei:fance elle avait entendu tous les jours à la prière de la faanlle, je vis couler le loi g de ses joues de douces larme^ d'aitcn-
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drissementet d'adoration. Comme nous redescendions de la montagne , son cœur éclata : « C'en est fait, ma sœur, je suis catholi |ue! me dit-elle, La croix de notre cher Seigneur, voilà mon unique désir. Je n'aurai point de repos que je ne me sois donnée à lui. »
La croix de Jésus-Christ, mais aussi les récompenses qui l'accompagnent, c'était bien ce qu'allait embrasser la digne sœur d'Elizabeth et de Cecilia. Ses qualités charmantes , son esprit, ses talents l'avaient rendue l'orgueil de sa famille. Sa rare beauté était une des gloires de la ville de New-York '. Le jeune fiancé auquel sa destinée semblait prête à s'unir attendait son retour avec ardeur; un seul mot échapi'é de sa bouche: Je suis catholique, et
1 Perhaps, you rememLer Harriet Seton... She was on Ihe top of fashion , amusement, and the Belle of New-York. "Wlien makiûg us a visit while I was in Baltimore for the recovery of Cecilia's health, she followed us to the mountains , where our community is estahlished , became a fervent couvert... and exercised every mark of faithful sonls. — « Peut-être vous vous souvenez d'Henriette Seton. tUe était à la tète de la mode, de toutes les parties, la Belle de New- York. Pendant que j'étais à Baltimore, elle vint nous y faire une visite au moment où l'on espérait le rétablissement de la santé de Cecilia. Elle nous suivit dans nos montagnes, là où notre communauté s'est établie, et elle y devint une fervente catholique, donnant toutes les marques de la piété d'une âme fidèle. » Elizabeth fceton, dans une lettre adressée à Antonio Filicchi. — Mai 1810.