CHAPITRE m
« La résignation chrétienne est un accord, un consentement, un acquiescement éternel, un oui éternel, pour ainsi parler, non de notre bouche, mais de notre cœur, aux volontés adorables '. » Comme il en coûte à dire ce oui lorsque la mort nous a frappés dans nos affections les plus tendres ! Elizabeth se résignait, mais de sa vie elle n'avait autant souffert. Après l'angoisse des premiers jours, un profond accablement s'empara d'elle. C'était un état d'âme qu'aucune de ses épreuves ne lui avait encore fait connaître ; l'effet n'en pouvait être que funeste. Lorsqu'elle eut compris que son devoir lui commandait de réagir contre elle-même, elle eut de généreux efforts et l'emporta comme ces violents qui luttent pour ravir le ciel. On la vit redoubler d'ardeur pour accomplir la tâche que Dieu lui avait confiée au sein de sa famille; elle eut plus d'empressement que jamais à ses devoirs religieux. Sa pieuse résignation toutefois n'arrêta pas l'effusion de ses regrets, après la perte qu'elle avait faite. Elle pleura, mais n'eut point les pleurs sans consolation de ceux qui n'ont point d'espérance. On a d'elle, à ce moment, comme un cri de sa douleur, soumise et toute appuyée sur Dieu.
' Bossuet.
« 0 mon Dieu ! que nos âmes vous louent, que tout ce qui nous appartient soit consacré dès ici-bas à vous servir. Puis, enfin, nous vous louerons dans un jour sans nuit, tout resplendissant de vos joies éternelles. Là, nos ténèbres, nos soucis, nos douleurs, seront dissipés à la clarté de votre lumière. Ces nuages et ces tristesses, qui accablent maintenant les âmes de vos pauvres créatures errantes , s'évanouiront sans laisser même un souvenir. Ces ronces qui, maintenant, se dressent sur notre passage, ces ombres qui nous voilent les rayons de vos vérités, tout aura disparu pour faire place à votre présence délicieuse, aux joies célestes et immuables que vous tenez en réserve pour vos fidèles serviteurs. »
Elizabeth devint mère pour la cinquième fois. Sa petite Rebecca, sa troisième fille, naquit le 21 juillet 1802; son nom lui fut donné pour rappeler celui de la sœur préférée de William Seton. Lorsqu'on rapporta l'enfant près d'Elizabeth , au sortir des eaux du baptême, la joie de la pieuse mère s'épancha dans une ardente effusion.
« Aujourd'hui, ma petite Rebecca a été reçue dans l'arche du Seigneur ; elle a été bénie par la prière de la foi , afin de recevoir toute