CHAPITRE IV
céan , respirer son air fortifiant et pur ! Autrefois, il n'aimait rien tant que la vie à bord; maintenant, dans l'état de langueur où il se trouvait, le changement, les distractions d'une traversée furent encore choses qui lui sourirent. Sous quel ciel ce voyage le conduirait-il? — Il n'hésita pas un instant ; son imagination se transporta vers ses amis de Toscane, les Filicchi, près desquels il avait passé de si douces années. Comme ceux qui ont vu de près cette terre enchanteresse de l'Italie, il s'en était vivement épris, et n'avait pu s'en éloigner sans emporter l'espérance qu'il la reverrait plus tard. La pensée d'y faire un nouveau séjour avec sa chère Elizabeth, si digne d'en comprendre les souvenirs, la poésie et les merveilles, lui apparut comme un songe heureux, dans lequel il entrevoyait l'oubli des souffrances de sa maladie et le charme de retrouver les émotions de sa jeunesse , doublées par la présence de celle qui les partagerait avec lui.
L'âme inquiète d'Elizabeth l'avertissait trop tristement de ce qu'elle avait à craindre, pour la laisser s'abandonner à ces rêveries décevantes, à ces vains projets d'avenir, qui abusent les malades jusqu'à la dernière heure, et causent les surprises de la mort. Un motif douloureux l'obligeait à s'éloigner de sa terre na-
taie , une incertitude terrible planait sur l'issue de son voyage : l'enchantement qui s'empare de toute imagination à la seule pensée de voir l'Italie était bien loin de son esprit. Elle se hâta de faire les préparatifs de son voyage, confia ses plus jeunes enfants à la tendresse de ses parents, et choisit pour venir avec elle sa fille aînée, Anna- Marie, alors âgée de huit ans. Peu de jours avant son départ, elle écrivait à sa fidèle amie, ¥">« Sadler: « Depuis que je ne vous ai vue, mon William a eu de nouvelles et pénibles souffrances. Ils disent tous que c'est témérité, que c'est presque folie à nous d'entreprendre ce voyage. Mais vous savez que nous ne raisonnons pas ainsi. Samedi est le jour fixé pour notre départ: tout est prêt, et tout est à bord. Nous nous appuyons sur Dieu, notre unique force. Mon âme est remplie de reconnaissance envers lui ; car assurément , avec tant de sujets que nous avons de renoncer à toutes nos espérances ici -bas, nous irons chercher naturellement, sans le moindre effort, là-haut, notre repos. Mon Dieu! se peutil bien que nous soyons là réunis un jour, sans crainte d'être séparés jamais! Je m'appuie sur une foi ardente et ferme en cette promesse : et alors je sens que tout est bien , que tout repose en la miséricorde de Dieu. Qu'il vous bénisse, chère Ehza, comme mon âme vous bénit... Et