‹ Elizabeth Seton (volume 2)Chapitre 36 sur 225 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

maintenant je suis hors d'état de rien vous dire, si ce n'est que vous preniez souvent entre vos bras mes chers petits enfants; et encore , que vous ne laissiez jamais vos pensées s'arrêter sur quoi que ce soit venant de moi qui aurait pu vous causer quelque peine. Je sais bien que vous ne l'auriez pas fait; mais, voyez-vous, quand je pense à tout ce ce que j'aime , il me semble que je touche à ma dernière heure. »

La veille du jour où elle doit s'embarquer, divers apprêts dont il faut s'occuper l'amènent au port de la Quarantaine. Elle y retrouve après trois ans tous les souvenirs de son père, et s'en attendrit : « Je me suis promenée dans le jardin de la Quarantaine, et j'ai suivi ce quai sur lequel il n'y a pas une planche où son pied ne se soit posé. J'ai traversé la baie dans son bateau , avec Darby à la voile ; et au gouvernail, William, celui qu'il emmenait toujours à la chasse avec lui. Darby m'a dit : « Jamais je ne retrouverai un pareil ami ; » et William à son tour: «C'est le meilleur ami que j'aie jamais eu. J'étais malade quand il mourut. Mais j'ai quitté le lit pour le conduire à la rame de l'autre côté de l'ile , une dernière fois ; car, je pensais en moi-même : voilà l'ami du pauvre qui s'en va ; n'importe si ce coup de rame est de trop pour moi ! »

Le brick américain the Sheperdess mit à la voile le 2 octobre, ayant à bord William-Magee avec sa femme et la petite Anna. Henry Seton, officier de marine , les accompagnait pour retarder de quelques heures ses adieux à son frère.

Après un jour passé en mer, le brick s'étant approché du phare ', au sortir de la baie de New -York, Elizabeth put adresser quelques lignes à Rebecca Seton. « Chère sœur de mon âme , notre William a tant souffert en passant la batterie, que c'est à peine si j'ai pu vous faire signe en agitant mon mouchoir. Mais depuis , il est bien remis. Même il se trouve mieux qu'avant d'être à bord. Mon cœur est en haut, tout rempli de son trésor. Mon petit livre, avec mon crucifix , m'est une source de paix et de consolation. Dieu est avec nous, que pourrais-je craindre ? »

Le moment de la séparation lui avait arraché bien des larmes; mais dès ce premier jour, son énergie naturelle avait repris le dessus. « Je me sens maintenant si contente avec mon trésor caché, que vous me prendriez pour un vieux roc. Le capitaine, M. O'Brien, et sa femme, sont réellement comme des amis pour

1 Les vaisseaux à voiles y faisaient autrefois un temps d'arrêt, soit pour acquitter les di'oits de péage, soit pour prendre ou laisser leurs pilotes.

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