CHAPITRE IV
soir % je m'endormis donc, et je rêvai que je me trouvais dans la nef au milieu de l'église de la Trinité, chantant de toute mon âme l'hymne à notre cher Sacrement. Après, quand je me réveillai , je me sentis toute consolée et toute contente. Dans la matinée, on m'apprit qu'un bateau se trouvait par le travers de notre navire; je volai sur le pont, et aussitôt apercevant lecherCarleton^, venu à notre rencontre, j'allais me précipiter dans ses bras , lorsque je vis qu'il reculait, et un garde que je remarquai pour la première fois , s'écria : N'approchez pas ! On nous expliqua alors que notre navire était le premier qui apportait la nouvelle de l'invasion de la fièvre jaune à New- Yurk ; et comme nous n'avions pas de certiticat de la Santé , il n'y avait rien à répondre.
« Le navire dut aller en rade, et mon pauvre William se préparer à entrer au lazaret, malade comme il était. Pendant que nous faisions nos apprêts pour nous y rendre, la troupe de musiciens qui s'emi^resse toujours au-devant des étrangers arrivés au port, est venue jouer sous la fenêtre de notre cabine le Hail Columl>ia, et ces petits airs que les enfants chez nous
1 Dans une partie du Journal d'Elizabeth, qui ne uous a pas été conservée.
2 Guy-Garleton Bayley, un des fils de M. Bayley, ué du second mariage de celui-ci avec M"« Barclay.
chantent en dansant. M. O'Brien et tous les autres étaient comme fous de joie ; pour moi, je me trouvais presque heureuse de pouvoir me cacher au tond de ma cabine, tant mon cœur était gonflé de tristesse, et prêt à éclater. Mon pauvre "William me regardait; ses yeux avaient une angoisse dont vous ne sauriez vous faire une idée ; il paraissait tellement souffrant, qu'on eût dit qu'il n'eût pu aller jusqu'au bout de la journée.
« Un bateau parut, remorqué par une barque à quatorze rames ; on nous fit entrer dans le bateau. Le lazaret étant à quelques milles de la ville, on nous ramena de nouveau au large. Après une heure de navigation , nous arrivons devant les chaînes qui barrent l'entrée du chenal par lequel on a accès dans la place. Ces chaînes s'abaissent à un signal donné successivement par plusieurs cloches ; nous passons sous des murailles plus hautes que les fenêtres d'un second étage ; nos marins , après beaucoup de cris et de disputes, finissent par s'accorder sur le lieu de notre débarquement ; notre bateau s'arrête. De nouveaux tintements de cloche amènent successivement un garde , et puis un autre; et, environ une demi-heure plus tard , celui que l'on appelle ici monsieur le capitano , qui , après maintes consultations , maints chuchotements à l'oreille de son lieu-