‹ Elizabeth Seton (volume 2)Chapitre 42 sur 225 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

tenant, dit que nous pouvons prendre terre.' Sur quoi, tout l'équipage s'étant retiré, un garde nous indique avec sa baïonnette le chemin que nous devons prendre. A ce moment, un ordre écrit du commandant de la barque qui venait de nous remorquer fut expédié au capitano , qui reçut ce papier au bout d'un bâton ; et on alluma du feu, pour le faire passer à travers la fumée avant de le lire. Mes livres, qui vont toujours avec moi, ont été soigneusement mis à part ; on les a tous examinés page par page, et aussi ma boîte à écrire. La personne qui a fait cet office et qui a visité nos matelas, sera souniise à une quarantaine aussi longue que la nôtre.

« Pauvre petite Anna, comme elle tremblait • pendant tout ce temps-là! et William, il chancelait comme s'il avait été au moment de défaillir. Si cela lui fût arrivé , personne n'aurait osé le toucher ni le secourir, tant ils ont peur pour leur vie. Nous fûmes conduits juste en face les fenêtres de la maison du capitano, où était venue M"ie Filippo Filicchi. Regards affectueux , signes d'amitié sans nombre. Il y avait la grille devant nous ; je crains pourtant de n'avoir pu cacher ma fatigue de corps et d'esprit.

« Pour commencer, on nous a offert des sièges; ou plutôt, on en a placé h notre portée.

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A présent que nous les avons touchés, il n'est plus permis de les rapporter à la maison. Après, on nous a montré la porte par où nous devions entrer: n» 6 ; un escalier de pier/e, vingt marches roides à monter; une grande chambre voûtée, très -haute, aussi haute que le plafond de Saint-Paul; le pavé en briques; les murailles toutes nues. Le capitano nous a envoyé trois œufs à la coque, une bouteille de vin et quelques tranches de pain. On avait mis par terre un matelas pour William, et il s'était couché dessus; il n'a pu goûter ni au vin ni aux œufs. Nos sirops, nos gelées, nos potions, qu'il fallait lui donner d'heu|'e en heure , à bord du vaisseau, où sont-elles? Je n'ai rien apporté; j'avais toujours entendu dire que le lazaret était un endroit tout exprès pour les malades. J'ai découvert auprès de notre chambre une sorte de petit réduit, où j'ai été m'agenouiller un instant. Là, j'ai laissé mon cœur déborder ; mes larmes ont arrosé le pavé. Je suis revenue ensuite vers mon pauvre "William; lui et Anna avaient grand besoin de quelques paroles pour les encourager. Petite chérie ! elle ne fut pas longue à trouver un bout de corde qui avait lié une de nos caisses, et elle s'est mise à sauter ; le froid nous faisait grelotter sur ce pavé de briques, dans cette grande chambre aux murailles nues.

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