‹ Elizabeth Seton (volume 2)Chapitre 56 sur 225 · CHAPITRE IV Hl · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV Hl

aura pitié d'elle, en voyant comme elle est privée de ce qu'elle désire avec tant d'ardeur. »

4 décembre.

« Notre capitaine O'Brien et sa femme ont trouvé moyen d'arriver jusqu'à nous. « Ne touchez pas la Signera! » s'est écrié Filippo, en les écartant du bout de son bâton. — Bon et affectueux capitaine, quand j'ai couru en bas au-devant de lui, les larmes lui roulaient dans les yeux. William et Anna regardaient à travers la grille. M"ie O'Brien s'est mise à pleurer. Nous n'avons pu les voir que quelques minutes à cause du froid. Le commandant du lazaret nous a envoyé des chenets et du menu bois; et j'ai arrangé un rideau près de la cheminée , pour rendre la fumée moins insupportable. — Jour d'anxiété passé entre Anna et son père. Elle a été très -souffrante pendant quelques heures. Quand elle s'est trouvée un peu mieux , nous nous sommes mises à genoux toutes les deux. Ah ! puisse sa chère âme répandre longtemps de ces larmes précieuses comme elle en répandait tout à l'heure. — Chère, chère Rebecca, que de fois n'avons-nous pas veillé ensemble, nous deux auprès du foyer, comme m'y voici maintenant

toute seule. Seule, oh! non, je ne suis pas seule. J'ai ma Bible, mes livres de piété, mon Imitation, visibles objets d'une jouissance continuelle. Quand je n'ai pas des heures à leur donner, j'ai des minutes. Et ma société invisible! ah! celle-là elle est innombrable. Quelquefois je me sens si assurée de la présence de mon ange gardien , que je lève les yeux de dessus mon livre, et me persuade avec peine qu'il ne vient pas de me toucher. — La pauvre âme ! s'écrierait John-Henry Hobart *, elle va perdre sa raison dans cette prison. — Qu'il se rassure : ces ravissememets ne me viennent que lorsque tout est tranquille, et que j'ai passé une heure ou deux avec le prophète David ou avec Isaïe. Ces heures-là, je le pense souvent, je les compterai plus tard parmi les plus précieuses de toute. ma vie. — Mon Père et mon Dieu, c'est vous qui, me consolant ainsi par votre sainte parole, affermissez mon âme dans l'espérance au point qu'elle sent qu'elle est libre à l'heure oîi tout est tourment autour d'elle. C'est vous qui la fortifiez en lui montrant une indulgence si constante ; c'est vous qui renouvelez sa vie au sein même de ses douleurs; c'est vous qui, parmi les scènes changeantes de son pèleri-

1 Ministre de l'Église épiscopalieane à New-York.

Page 1