‹ Elizabeth Seton (volume 2)Chapitre 61 sur 225 · CHAPITRE V UO · texte numérisé non relu

CHAPITRE V UO

tion ; quand il est plus mal , il n'en a que plus d'ardeur pour ne pas perdre un moment. C'est ainsi qu'il a toujours été depuis que nous sommes enfermés dans ces murs de pierre; toujours, excepté ce jour que nous avons cru le dernier. Il dit souvent : « Soit que je vive, ou que je meure, je regarderai ce moment de ma vie comme un temps de bénédiclion : c'est le seul temps que je n'ai pas perdu. » Jamais le moindre murmure. Oh/ avec un regard vers le ciel : c'est le seul mot de plainte que j'aie jamais entendu de lui; bien qu'il soit épuisé, presque réduit à rien, par les rapides progrès d'un mal dont la nature même est de ne pas lui laisser un instant de trêve entre l'irritation de la toux, les frissons, les suffocations, les défaillances, la faiblesse continuelle. Pourquoi es- tu triste, mon âme? Voilà les seules paroles dans lesquelles il semble trouver du soulagement. Souvent il parle de ces chers petits enfants; plus souvent encore, du bonheur de ne faire avec eux qu'une famille au ciel. Il parle de ceux que nous avons quittés, comme si ce n'était que d'hier ; il regrette surtout notre cher Henry Hobart, dont les visites et la société lui eussent été une si grande consolation dans l'affliction où il est. Lorsque je remercie Dieu de ce qu'il m'a créée et de ce qu'il me conserve, je le remercie maintenant

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avec une ardeur que je ne m'étais point connue. Ne rien attendre que de Dieu seul, pour l'âme et pour le corps de mon William ; adoucir et consoler de pareilles heures d'accablement et de souffrance; le secourir en de telles défaillances, ce que nul ne peut faire ici, hors moi seule, après Dieu; lui chanter les hymnes triomphantes de l'espérance et de la victoire du c hrétien , tandis que son amour, prévenu en ma faveur, m'attribue toute la joie qu'il y trouve ; l'entendre prononcer le nom de son Rédempteur, en me disant que c'est moi qui la première lui en ai fait sentir la douceur : oh ! cette œuvre de bénédiction, pour qu'elle fût possible , il fallait ces jours de retraite et d'absolue séparation d'avec le monde entier! M'eûton jetée au fond du cachot de ce lazaret, j'y bénirais encore et j'y louerais mon Dieu. »

14 décembre.

c( Récité mes chères prières, seule, pendant que mon William était assoupi ; je n'ai pas osé lui proposer de les dire avec moi , car la faiblesse et les souffrances l'accablent tout à fait. — Pluie et tempête, comme nous en avons eu chaque jour, on peut le dire, pendant les vingt- six jours que nous avons passés ici.

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