CHAPITRE V
je considère ma situation si incertaine maintenant et si dépourvue de ressource au point de vue de ce monde, je ne puis rn'empècher de sourire à leur tendresse et à leur bonté. La petite Anna me dit souvent: « Maman, que d'amis Dieu avait préparés pour nous dans ce pays étranger ! car ils sont pour nous des amis, même avant de nous connaître. » — Elle dit vrai; et moi, je dis en mon cœur: Quelle consolation Dieu m'a préparée, quand il m'a donné une pareille enfant! »
La constante amitié que les Filicchi avaient eue pour William-Magee Seton, lien brisé mais puissant encore, n'était pas le seul qui les rattachât à Elizabeth. Profondément émus de ses malheurs, pénétrés d'admiration pour sa foi, unie à tant de courage, ils se trouvaient encore rapprochés d'elle par de communes amitiés, des parentés, des souvenirs; même aussi par des intérêts, qui leur venaient de son pays. Celte famille tout italienne des Filicchi était en étroites relations avec l'Amérique. Filippo Filicehi avait séjourné plusieurs fois aux États-Unis. Il s'y était marié, La digne compagne de sa vie était une Américaine, M"û Mary Cowper, de Boston. Lorsqu'il l'épousa, en 1792, il venait de remplacer le marquis Salucci, dont il avait été l'associé jusqu'alors, dans la direction d'une maison de
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banque à Livourne; maison qui, depuis les jours de la grande prospérité de la Toscane, avait eu tout le commerce avec l'Amérique. A Philadelphie », comme à New- York et à Boston, les questions importantes qu'il était appelé à traiter dans l'intérêt commercial des deux pays, l'avaient mis en rapport avec les personnages lesplus éminents de 1 Union américaine. Il avait connu Washington, Hamilton, JeiTerson, Madison, John Adains, Daniel GarroU de Garrollton, et le cousin de ce dernier, John Garroll, le nouvel évêque de Baltimore, seule ville des États-Unis qui fut alors le siège d'un évêché catholique. En dehors du monde de la politique et des alfaires, Fiiippo avait trouvé un accueil empressé dans la meilleure compagnie angloaméricaine; mais obligé de faire un choix, il avait surtout vécu dans l'entourage de William Seton, le directeur de la banque de New-York, qui était correspondant de la maison Salucci en Amérique.
Dans les entretiens qu'ils avaient eus souvent ensemble, Washington avait singuUèrement apprécié le jeune banquier itaUen ; et lorsque celui-ci était reparti pour l'Itahe, il l'avait nommé consul général des États-Unis à
1 Philadelphie était alors, et demeura jusqu'au 1801, le siège du gouvernemeut fédéral.