CHAPITRE Vi
A peine s'était-elle assise , seule avec sa douleur, qu'il lui fallut rentrer dans l'agitation de la vie commune. Des exigences de position auxquelles il n'était pas possible de se dérober, appelaient à Florence les Signera Maria et Amabilia Filicchi '. La pensée ne leur vint même pas qu'Elizubeth pût demeurer comme abandonnée en leur maison , tandis qu'elles en seraient absentes. Elles firent ce que pouvait la meilleure volonté, en relardant de quelques jours un départ dont la date s'imposait d'elle-même. Au lieu de se trouver à Florence avant le premier jour de l'an, on attendit le 3 janvier. Elizabeth et Anna quittèrent Livourne en même temps que toute la famille.
JOURNAL d'eLIZABETH
(Ecrit jiour sa bellt'-sœiir Rebecca Selon.)
8 janvier 1804.
« J'ai passé quatre jours à Florence, logée dans un palais appartenant à la famille des fameux Médicis; en face de nous le Monte Morello, l'Arno et les cinq ponts sur le fleuve. Le dimanche, 8 janvier, à onze heures, M^e Amabilia m'emmena avec elle à la chapelle délia Saniissima Annunziata. Un rideau
1 Maria-Mary Cowper^ de Boston, mariée en I79i à Filippo Filicdii. — Amabilia Bangazzi, de Livourue, mariée en 1794 à Antonio Filicciii.
épais et lourd en fermait l'entrée ; nous le soulevons, et mes yeux sont frappés de voir des centaines de personnes agenouillées par terre dans une demi-obscurité ; car la chapelle n'était éclairée que par les cierges de l'autel et par une petite fenêtre tout en haut, voilée d'une gaze de soie verte. Je voyais tous les objets à peine distincts; tandis que dans le lointain, les sons d'une de ces harmonies suaves qui donnent à l'âme comme un avantgoût du ciel, éveillaient en moi une foule de pensées attendrissantes. Oubliant la présence de Mme Amabilia et de tout ce qui m'entourait, je tombai à genoux au premier endroit où je trouvai une petite placé vide. Je versai un torrent de larmes, songeant à ce temps si long oij j'étais demeurée étrangère à la maison de mon Dieu, et remontant le cours de tant de douleurs qui m'en avaient tenue éloignée. Je n'ai pas besoin de vous dire avec quelle ferveur je me mis à réciter notre office chéri , autant que ma mémoire put me le rappeler, dans l'état d'agitation où mon âme se trouvait.
« Quand la voix de l'orgue eut cessé, après que la messe eut été dite, nous fîmes le tour de la chapelle. La richesse des lambris, les autels chargés d'or, d'argent et d'ornements précieux ; les tableaux représentant toutes sortes de sujets de piété; le dôme peint, en-