CHAPITRE VI
tièrement recouvert de figures empruntées à l'histoire sainte, tout cela ne peut être décrit. Rien ne saurait rendre non plus le ravissement où j'étais de voir ces vieillards, ces vieilles femmes, ces jeunes filles, tout ce monde de toute sorte, agenouillé sans confusion, mais sans ombre d'ordre ni de symétrie, auprès de l'autel j faisant aussi peu d'attention à nous que si nous n'eussions pas été là, nous et d'autres personnes qui circulaient au milieu d'eux.
« De l'autre côlé de la nef, une autre chapelle offrait un spectacle tout pareil ; mais comme une nouvelle messe allait commencer, je m'en allai, marchant le plus doucement possible sur la pointe du pied, derrière M™'' Filicchi; n'osant regarder autour de moi, ni d'un côté ni de l'autre ; ce que j'aurais bien pu faire pourtant, car ici chacun est si appliqué à ses prières ou à son rosaire, que nul ne prend garde à ce que fait un étranger.
« Pendant que M^^^ Filicchi était à faire des visites, j'allai dans l'église de San Fiienze, où je vis encore deux chapelles très-ornées, bien que dans un style plus simple. J'eus le bonheur de visiter ce lieu sacré avec deux religieux qui y demeurent, car il y a là un couvent appartenant à l'église '. J'y apergus un jeune prêtre
1 Ce couvent apparleuait à des Oratoriens. Les catholiques de la Toscane out eu la douleur de le voir supprimé.
qui ouvrait sa petite chapelle , avec des yeux si modestes et si recueillis, qu'on eût dit que son âme y était entrée avant lui ; mon cœur l'y aurait suivi bien volontiers.
« On me mena en voiture aux jardins de la reine , où je vis des ormeaux , des sapins , avec des haies d'ifs et de lierre d'une verdure admirable , et des champs cultivés qui me parurent aussi beaux que les nôtres à la fin du printemps. Mais, hélas! il ne m'était pas possible de regarder et de ne pas penser ; et chacune de mes pensées était comme un sanglot au fond de mon âme pour ceux que je chéris au ciel et sur la terre. Je fus obligée de fermer les yeux , et je m'appuyai au fond de la voiture, comme si je venais de m'endormir; cela dut paraître naturel, tant l'air était doux et le soleil chaud,
« Nous nous arrêlâmes au palais d'été de la reine, où nous visitâmes une suite interminable d'appartements, tous si élégants, que chacun d'eux était un nouveau sujet de surprise. La vanité des vanités de Salomon et son inquiétude d'esprit me revenaient pendant ce temps à la pensée. Je vis la reine deux fois '.
comme tant d'autres sanctuaires, après le? événements de 1861. Une partie de ses bâtiments était occupée en 1 8C9 par le ministère de l'instmction publique du royaume italien. 1 La reine régente d'Étrurie , royaume nouveau, érigé par Bonaparte sur les ruines de l'ancien grand- duché de