CHAPITRE Mil
sion régulière du Christ et des apôtres, je me sentais tellement persuadée, que j'aurais cru les abuser si je leur avais laissé le moindre espoir de me faire changer de conviction. A mon plus grand étonnement, ils me donnèrent des preuves certaines, positives, que je m'étais trompée dans cette affirmation. Sans doute vous me ferez remarquer que je devais m'attendre à rencontrer de l'opposition , puisque j'étais en face de deux partis opposés. Cela est évident; et si l'opposition n'avait eu trait qu'à la transsubstantiation ou à tout autre point du dogme, soyez certain que ma foi n'aurait hésité sur aucun des articles que votre Église m'a proposés jusqu'ici. Mais maintenant, c'est le fondement même des principes que j'avais à l'égard du catholicisme qui se trouve renversé. Je vous avoue que je ne vois plus qu'un changement de religion me soit nécessaire.
« J'ai bien à cœur que vous sachiez quelle anxiété profonde me fait éprouver le sentiment de ma situation. Comme mère et seule tutrice de cinq enfants, j'ai réfléchi sérieusement devant Dieu ; je puis dire que j'y réfléchis sans cesse. L'unique et suprême désir de mon âme est d'arriver à la vérité. Sans parler des erreurs d'une nature pécheresse, sujette au mal, je sais que j'ai ajouté bien des offenses au compte que j'ai à rendre à Dieu, En vérité, si je n'avais
craint de détourner sa miséricorde d'une âme qui n'a pas de plus grand désir que celui de le servir, ni de plus grand regret que celui de l'avoir offensé , je crois que je me serais laissée aller à penser, tant la lutte en moi a été violente, que j'avais justement mérité d'être abandonnée de lui. Mais je me sens si pénétrée de ce regret de mes offenses, que toute autre peine est joie à côté. Dans les épreuves sévères et multipliées qu'il a plu à Dieu de m'envoyer, je n'ai jamais redouté qu'une seule chose, le malheur de perdre sa grâce. Avec la même sincérité qui me porte à vous ouvrir mon cœur, je dois vous dire que maintenant je me sens affermie dans mes premiers sentiments touchant ma religion.
a M. Filicchi, qui m'a accompagnée en Amérique, m'a demandé de vous faire cet aveu, et je lui ai promis d'ajourner toute démarche jusqu'à ce que vous ayez bien voulu m'accorder une réponse. Je vous supplie de considérer en queldouloureux étatje suis, n'appartenant plus à aucune communion. Vraiment c'est plus que je n'en puis supporter ; et ce sera de votre part le plus grand acte de charité que de me faire connaître votre pensée , sitôt que vous le permettront vos loisirs. »