CHAPITRE VIII
La lettre que nous venons de lire était écrite depuis plusieurs jours et n'avait pas encore été envoyée. Henry Hobart redoutait d'entrer en lutte contre l'influence supérieure de M. CarroU; il retenait Elizabeth si disposée à se confier à l'éminent évêque. Ne la perdant pas de vue, l'entourant de soins, il lui conseillait maintenant, non plus d'appliquer son esprit h la recherche de la vérité, mais de mettre fin à ces recherches. Dès lors à quoi bon s'adresser à M. CarroU? Elizabeth se laissa persuader comme il le voulait. Cependant elle ne détruisit pas ces pages où son âme s'était épanchée dans une sincérité si complète. Elle les abandonna à Antonio Filicchi , libre d'en faire tel usage qu'il voudrait. On devine qu'Antonio, sitôt qu'il les eut, les envoya à l'évêque de Baltimore. En même temps il lui écrivait : «. J'attends avec anxiété vos bons conseils sur une affaire si importante, et je ne doute pas quevousn'yapportiez votre attention laplus sérieuse. Je ne doute pas non plus que vous ne fassiez une réponse directe et irréfutable aux différentes assertions que vous trouverez dans les écrits que les ministres protestants ont opposés aux écrits que mon frère Filippo avait donnés à M""= Seton. Je pense qu'il est à propos que je vous envoie les uns et les autres dans l'original , avec prière de vouloir bien me les
renvoyer lorsque vous les aurez examinés '. D'après le conseil du révérend M. O'Brien *, j'ai mis sous les yeux de M™e Selon l'ouvrage intitulé Conversion et Réforme de l'Angleterre, composé et imprimé à Dublin ; elle le lira certainement avec l'attention qu'il mérite. Son seul désir, l'unique objet de ses efforts est de connaître le droit chemin pour le suivre ensuite , elle , avec ses enfants , sans être arrêtée par aucune considération humaine. »
Antonio , d'autre part, faisait appel à la conscience d'Elizabeth :
c( Ma céleste sœur,
c( Je suis et je serai, toujours et partout, réellement prêt à rendre justice de cœur et d'âme devant qui que ce soit, fût-ce devant saint Pierre lui-même, dont décidément on a réussi à vous faire nier la primauté ; je suis et serai toujours prêt à rendre justice à la sincérité qui conduit votre cœur dans le parti que vous désirez prendre au sujet de votre rehgion ; mais en même temps , ce qui deraeu-
1 Le plus iuiportant des écrits envoyés par Filippo Filicchi à Elizabeth Seton se trouve aux notes à la fin de ce volume. Voir note 7.
2 î,î. William O'Brien, prêtre irlandais, pasteur de la petite congrégation catholique de New -York.