CHAPITRE NXI
vait donc songer à abandonner son Église. En même temps qu'il faisait valoir ces considérations, M. de Cheverus indiquait à M. Neale plusieurs Pères Jésuites, l'assurant qu'ils conviendraient beaucoup mieux que lui. Persuadé, d'autre part, que c'était à Rome qu'il convenait d'agir pour détourner plus sûrement la menace qu'il redoutait, il écrivit au saint-père :
(c L'Église de Boston est devenue pour moi une épouse bien-aimée, et je n'ai jamais eu la pensée de l'abandonner*... C'est la persuasion de tous., et c'est aussi la mienne que la religion catholique souffrirait un grave préjudice de mon déplacement et de la venue d'un nouvel évêque, qui ne connaîtrait pas les esprits et ne serait pas connu. Le diocèse de Baltimore a des prêtres bien plus dignes que moi — je le dis du fond de mon âme et devant Dieu, — surtout parmi les Pères Jésuites, dont les excellentes qualités, la piété, le zèle, les travaux infatigables, sont au-dessus de tout éloge... Le séminaire de Baltimore offre ôga-
1 Sponsa facta est mihi dilecta Ecclesia Bostoniensis, nec illud unquam iu mente habui ut illam desererem... — Voir l'original de cette lettre dans la Vie du cardinal de Cheverus.
2H ELIZABETn SETON
lementdes hommes apostoliques, et déjà deux d'entre eux choisis pour l'épiscopat font la gloire de l'Église des Étals-Unis ^.. Je supplie donc avec instance qu'on choisisse un plus digne pour la coadjulorerie de Baltimore. »
Après avoir écrit cette lettre , M. de Chevcrus s'en revint à Baltimore, triste et inquiet. Il n'emportait aucune promesse. M. Ni'ale, cependant, faisant abnégation du plus légitime désir, cessa d'insister pour avoir auprès de lui un si précieux auxiliaire. Lui-même, quand son sacrifice eut été fait , écrivit à Rome pour demander, comme coadjuteur, M. Maréchal, un des professeurs du séminaire de Sainte-Marie. Ce choix obtint pleine confirmation. Sitôt que M. de Gheverus le connut, il adressa au saintpère une seconde lettre. « Je souffrais , disaitil, et mon cœur était sans cçsse agité par la crainte que l'obéissance que je dois à Sa Sainteté, et qu'elle trouvera toujours en moi, ne me forçât d'abandonner mon troupeau bienaimé ». Mais à la crainte et à l'an^xiété ont succédé la paix et le bonheur, depuis que j'ai appris la nomination de M. Maréchal à la
i M. Flaget, évêque de Baidsto-wn; et M. du Boiu'g, évêque de la Louisiane.
2 Contini;us cordi meo dolor erat, ne ditectum gregem relinquere me cogeret obedientia quam debeo, semperque prœstare intendo, Sanctitati Suae...