CHAPITRE XXI
propre grandeur, qui se faisait tout à tous pour les gagner tous. Jusqu'aux plus jeunes enfants de la maison , les premiers naguère à se presser autour de lui , à s'attacher à ses moindres pas, qui croyaient encore le voir souriant à leurs jeux. Il avait ce facile abord qui rend l'enfance fAmilière, et qui rapproche les âges les plus divers. Ce doux éclat qui vient du cœur se reflétait sur son visage , et enveloppait tellement toute sa personne, qu'un jour, comme une des petites orphelines de Saint- Joseph était venue trouver la mère Seton, son catéchisme à la main , et lui demandant ; « Mère, qu'est-ce que c'est que la bénignité, dont on parle dans mon livre? c'est là un mot que je ne comprends pas; » la Mère avait réfléchi un moment, puis elle avait répondu à l'enfant : « Chère petite, regardez bien M. CarroU, et vous lirez dans son air, dans son langage et dans toutes ses manières, ce que signifie le mot de bénignité. »
La perte de ce Pasteur, si doux , si paternel, fut sensible d'autant plus pour l'Église d'Amérique, que son successeur, auparavant son coadjuteur, M. Neale, conduit sur le bord de la tombe par l'âge et par les fatigues du sacerdoce , se trouvait hors d'état de continuer ses œuvres. Pénétré du sentiment de sa propre impuissance, ce vénérable vieillard songea à
212 ELl/ABETH SETON
demander au saint -siège d'être .assisté d'un coadjuteur qui l'aiderait pendant le reste de ses jours dans le gouvernement de son diocèse, et serait désigné d'avance à lui succéder. Sa résolution prise, il y réfléchit devant Dieu, arrêta son choix, et demanda qu'on lui accordât le concours de l'évêque de Boston. La réponse qu'il reçut fat entièrement favorable à la demande qu'il avait faite. Le Souverain Pontife désirait seulement savoir comment on pourrait remplacer M. de Cheverus près du troupeau qui viendrait à perdre un si rare pasteur.
Ayant à se prononcer, le nouvel archevêque de Baltimore pria avec instance M. de Cheverus de venir le trouver au plus tôt, pour conférer ensemble sur une affaire de haute importance pour l'Église des Étals-Unis. Lorsque M. de Cheverus eut appris de son métropolitain la négociation entamée, lorsque les lettres venues de Rime eurent été mises sous ses yeux, il demeura aussi affligé que surpris. L'arracher de Boston, ce serait sacrifier cette Église naissante. M. Matignon était le seul prêtre qui connaissait le diocèse et qui en était connu. Mais sa vie de missionnaire l'avait usé plus encore que les années. Il était devenu infirme. Lui ofl;rir de nouvelles charges était impossible. L'évêque de Boston ne pou-