CHAPITRE XXI
dernières lignes, Elizabeth n'avait écrit que ces mots: A mon enfant de V éternité : sublime expression qu'elle appliquait à sa fille souffrante, tandis qu'elle la voyait à la lumière de la foi, appartenant chaque jour de moins en moins à la terre, et s'enrichissant de nouveaux mérites pour la moisson de l'éternité.
Nous allons voir bientôtElizabeth, se surpassant elle-même, gravir les plus âpres sommets de la voie douloureuse par laquelle Dieu l'a conduite depuis si longtemps. Elle montrera ce qu'un cœurchrétien,toutblessé, tout brisé qu'il est, peut trouver,en ses profondeurs, de résignation et d'énergie. Le voilà devant elle encore le calice amer ! elle va l'accepter, en baisant la main qui le lui présente. Elle ne se lassera pas de se résigner et de souffrir ; c'est nous plutôt qui, moins fermes dans la foi, serions tentés de nous lasser pour elle de la continuité de ses souffrances.
Elle avait ramené de Philadelphie sa petite Rebecca, abandonnée des médecins, lorsque, ne pouvant plus douter de la perte qu'elle allait faire, elle voulut associer son fils aux sentiments qu'elle éprouvait , faire appel à sa foi , et préparer son courage. « Il est des moments, mon fils, où le courage et la résignation ne doivent pas être regardés comme un effort. Tel est pour nous le moment présent. Tel doit-il
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être, même pour vous, bien que vous soyez éloigné de la scène où elle déploie les célestes vertus dont elle nous rend témoins chaque jour, gage certain des récompenses qui l'attendent, elle si tôt rappelée d'un monde où tout est incertain. Si elle demeurait avec nous dans cette succession d'épreuves et de douleurs qu'aurait à traverser une plus longue existence, nous ne serions pas entièrement assurés de son éternité ; tandis que maintenant nous la voyons qui exhale son âme vers le ciel dans toute la pureté de son innocence. Ne soyez pas égoïste , mon enfant chéri , laissez - la partir. »
Elizabeth, aux approches de l'heure déchirante qui se préparait pour elle, ne pensa pas seulement à son fils : elle eut encore un souvenir pour le prêtre dévoué qui, lors de la première communion de Rebecca, avait dirigé son âme innocente. Afin qu'il n'ignorât rien des derniers moments d'une enfant dont il s'était occupé pendant plusieurs années avec une sollicitude paternelle, elle eut le courage de recueillir à la fin de la plupart de ses journées les souvenirs que chaque heure d'angoisse lui laissait. C'est une lecture navrante que celle de ces pages; on dirait qu'elle les a écrites avec le sang de son cœur.
Journal d'Elizabeth , écrit dans les dernières semaines de la maladie de hebecca. — Sa lettre à son fils William ^ pour lui apprendre qu'il a perdu sa sœur.
5 mai.
Fête du Patronage de saint Joseph.
« Pauvre Rebecca ! c'est à peine si elle peut supporter ce qu'elle souffre, et trouver un moment de tranquillité après une crise de cinq jours et cinq nuits passés dans les larmes, les gémissements, l'agonie. Impossible à moi d'en donner même une idée ! Je ne l'aurais jamais cru, si je ne l'avais vu. — Répétant toujours : Mon cher Seigneur! ma chère mère 1... De grosses larmes roulant dans ses yeux... Incapable de demeurer ni assise ni couchée.
Quand enfin elle a pu demeurer quelques instants dans son lit , l'excessive douleur étant suspendue, jeluiaidit : « Eh bien, ma Rebecca, ne dirons-nous pas une seule petite prière , de ces trois journées ? — Comment , mère chérie ! s'est-elle écriée, mais pour m.a paît, il n'y a pas eu un instant où je n'aie prié ! >; — Pauvre enfant! Tout à l'heure, elle s'est soulevée, et fixant sur nous ses grands yeux ouverts, elle nous a dit, comme si elle nous consultait : ce Je suis presque tentée de demander à Notre-Seigneur de me soulager? Pensez- vous que cela lui déplairait? » — Et lorsqu'on le lui eut permis, avec quelle foi elle a prié Dieu de lui laisser seulement trouver, pendant un moment, une position où elle pût se tenir. Et aussitôt, elle s'est trouvée assez soulagée pour pouvoir se mettre dans son lit , mais presque anéantie. »
Fête de saint Pascal, minuit.
17 mai.
« En ce moment, elle est tranquille après deux heures des plus cruelles souffrances. — « Oh ! maman , si mes douleurs pouvaient s'en aller! — Mon enfant chérie, dis seulement: Que votre volonté soit faite, — Je le dis, maman, je le dis. Oh! oui, je désire que sa vo-