‹ Elizabeth SetonChapitre 123 sur 185 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

l'interrogiez après. M'aimes -tu? lui disiezvous? — Le malheur, n'est-ce pas toujours, pour chacun de nous, le Pierre, m' aimezvous ^? — Quand vous lui ôtiez son père, son William , et sa Rebecca , la sœur de son âme , elle vous répondait : Seigneur, je vous aime ! — M'aimes-tu? disiez-vous encore, quand vous lui repreniez Cecilia, Henriette, ses deux autres sœurs ; elle vous répondait : Seigneur, je vous aime! — Et quand elle eut perdu son Anna, et après qu'elle eut perdu sa seconde Rebecca, la petite bien -aimée, m'aimes -tu? répétiez- vous. — Elle, toute soumise et tout en pleurs : Vous le savez bien , Seigneur, que je vous aime!

C'en est assez , vous ne l'interrogerez plus : elle est à vous d'un invincible amour : votre épreuve l'a trouvée fidèle. Désormais vous ne lui ôterez plus rien de ce que vous lui avez laissé sur la terre à aimer. Vous voulez la laisser respirer unpeu, avant qu'elle ne s' en aille; carhientôt elle ne sera plus. Son œuvre est fondée. La société des Filles de la Charité ira grandissant, semant ses bienfaits , prodiguant ses secours , apparaissant sur tous les points où laciviHsation lui aura fait jour, dansl'immense étendue des États- Unis. L'esprit de saint Vincent l'a déjà péné-

1 S. Jean, chap. xxi, 16.

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trée, on le reconnaît à ses fruits. Il reste à la constituer dans sa forme légale. Il reste à la préparer pour d'inévitables contacts avec le monde extérieur. Ce soin va ramener votre servante vers les régions de la terre. Elle les fuirait volontiers; mais voys voulez qu'avant de disparaître, elle ne laisse rien après elle d'incomplet et d'inachevé. Les mœurs et les lois du pays où elle vit lui rendront d'ailleurs sa lâche facile. L'esprit d'association a formé les États-Unis. La liberté d'association , liberté absolue, si profitable aux œuvres catholiques, y est considérée partout, à tous les degrés, comme la sauvegarde de l'indépendance, et comme le rempart du droit commun.

L'association des Sœurs de la Charité de Saint- Joseph se trouvait dans une situation si prospère, et donnait de telles promesses pour l'avenir, que ses directeurs,vers la fm de l'année 1816, jugèrent opportun de la constituer d'une manière légale. Jusqu'alors elle n'avait point eu d'existence reconnue. Aux yeux de la Législature de l'État, elle était comme n'existant pas. Tout ce qui composait la propriété de la communauté, terrain, maison, dépendances, était considéré comme la possession privée des trois personnes dont nous avons vu les noms figurer dans l'acte d'acquisition passé à Emmcttsburg en 1809 : MM. Samuel Cooper, M. Guillaume

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