CHAPITRE XXI II 2J
Valentin du Bourg , et M. Jean Dubois. Le temps était venu de rendre la communauté propriétaire nominale d'un bien dont elle était propriétaire réelle.
Toute association dans les États-Unis jouissant du droit de se constituer pour quelque objet que ce soit, une fois constituée, elle est libre d'acquérir, de vendre , de posséder, de se développer comme il lui convient. S'il s'agit d'une association religieuse, la loi ne fait acception d'aucune doctrine, d'aucune secte, de quelque nature que ce soit. Elle exige seulem.ent de toute association qui aspire à avoir une existence légale, qu'elle obtienne ce qu'on appelle un acte d'incorporation. Cet acte, émané de la Législature d'un État ou du Congrès, a pour effet d'attribuer à la société qui l'a obtenu le caractère d'une personne civile ; à proprement parler, il n'y a d'existence civile pour les associations, aux États-Unis, que lorsqu'elles ont été incorporées. Les catholiques se sont tous et toujours conformés à cette condition; et ils ont tiré profit de la libéralité du droit commun pour donner à leurs congrégations et à leurs fondations les garanties qui en assurent la perpétuité. Ils ont fait incorporer leurs couvents, leurs hôpitaux, leurs collèges, leurs paroisses. De la sorte, ils ont pu posséder des biens, en échanger, en acquérir, suffire à
l'entretien de leur clergé, de leurs congrégations, de leur culte: en un mot, pourvoir à toutes leurs charges. Ces grands avantages, dus aux chartes dincorporation, avaient été pressentis, bien avant que l'avenir les eût révélés, par le grand John Carroll, si profondément dévoué aux intérêts du catholicisme, et si passionnément attaché aux institutions américaines.
Quand on parla à la mère Seton de l'opportunité des démarches à faire pour assurer à l'association des Sœurs de la Charité son existence légale , elle demanda qu'on lui expliquât quel profit on en pourrait recueillir. Tout, dans une semblable question , était nouveau pour elle; sa pensée ne s'y était jamais arrêtée. On lui expliqua ce qu'était l'incorporation ; et comme on lui représentait qu'un des principaux avantages de cette mesure serait de permettre à la congrégation de plaider et d'intenter procès : « Je ne regarde pas cela comme un avantage , » répondit-elle. — Cependant, comme ceux qui la conseillaient étaient d'avis qu'on devait poursuivre cette affaire , elle y donna son assentiment. L'acte pour incorporer la congrégation fut passé par la Législature du Maryland, au mois de janvier 1817 *. Immédiatement après,
1 Voir la note 17 à la fin de ce volume.