CHERS SOUVENIRS
« Ce serait si ingrat à moi, si je mourais avant de les avoir recueillis pour ne les oublier jamais. »
« A l'âge de quatre ans, comme j'étais assise sur un des degrés du seuil de la maison , à regarder les nuages, taudis que ma petite sœur Catherine, qui n'avait que deux ans , était couchée dans son cercueil , quelqu'un me dit : Eh quoi ! la petite Kilty est morte, et vous ne pleurez pas! — Non, dis-je, parce que Kitty s'en est allée au ciel. Je voudrais bien aussi pouvoir aller au ciel avec maman. »
3GÛ ELIZABETn SETON
« Souvenirs à l'âge de six ans. — Quand prenant avec moi ma petite sœur Emma et la conduisant près de la fenêtre, tout en haut, et lui faisant regarder le soleil couchant, je lui dis que Dieu était vivant au ciel, et que les enfants qui étaient bons iraient aussi au ciel. — Et encore, quand j'enseignai à la petite Emma ses prières; — et quand ma pauvre bellemère, très -affligée à ce moment, m'apprit le psaume xxii° i. »
« A New-Rochelle, chez miss Molly B..., à l'âge de huit ans. — Les petites filles cherchaient dans un nid les œufs des petits oiseaux. Je recueillis les pauvres petits qu'elles y trouvèrent tout palpitants ; j'espérais que la pauvre mère, qui voletait de branche en branche, viendrait près d'eux et les rappellerait à la vie. J'ai pleuré parce que les petites filles voulaient les détruire; et depuis, j'ai toujours mieux aimé jouer et me promener seule. — Mon admiration pour les nuages ; mon bonheur à les contempler ; et toujours avec une pensée pour ma mère et pour la petite Kitty ; toutes les deux au ciel. — Mon bonheur à rester seule assise au bord de la mer, à errer pendant des heures sur la plage , chantant , ramassant des coquillages. La moindre petite feuille, la moindre fleur, un insecte, un animal, l'ombre des nuages, le mouvement dans le feuillage, tout, sujet de pensées vagues, indéfinies vers Dieu et vers le ciel. — Ma satisfaction à apprendre quelque chose que ce fût qui
1 Dominus régit me. « Le Seigneur est mon Pasteur, rien ne me manquera. »
parlât de Dieu. — Mon bonheur à me trouver avec les personnes âgées. »
« A l'âge de douze ans. — Un cœur d'enfant plein d'ignorance, de Toiles idées. — A la maison, de nouveau, chez mon père. — Mon attrait pour lire des prières. Mon bonheur d'avoir soin des enfants et de leur chanter de petits cantiques près de leur berceau.— Nuit passée dans la terreur, et, tout le temps, je chantais ?\otre Père! »
« Quatorze ans. — A New- Rochelle, chez l'oncle B..., tant de goût à lire la Bible, et Thompson et Milton. — Hymnes récitées au milieu des rochers, tout entourés des glaces de l'hiver. Quels transports de joie et d'enthousiasme! — Heures passées à contempler les étoiles. Orion. Promenades sous les cèdres en chantant des hymnes. — De la joie en toute chose; rude, âpre, douce ou facile, toujours gaie: le printemps était là ! — Joie en Dieu de ce que Là était mon Père ; le suppliant pour qu'il ne m'abandonnât jamais. A ce moment mon père était absent l ; peut-être mort; et moi, me sentant comme ayant un abri contre tout ce qui pourrait survenir. — Mes délices à demeurer assise au milieu des champs avec les poésies de Thompson ; le troupeau , les agneaux tout alentour, ou à boire la sève des bouleaux, ou à ramasser de petits cailloux de toutes couleurs sur la plage. Retour à la maison. — Les tileuses, des biles
1 Pendant un des voyages de M. Bayley en Angleterre. II. 11
de la secte des méthodistes. Le chant incessant de leur cantique : « Ne suis-je donc née que pour mourir? » me fit une profonde impression. Pourtant, une fois maîtresse de moi-même, mon intention était de me faire Quakeresse, parce qu'elles ont des chapeaux si simples et si jolis ! Excellente raison ! »
« Seize ans. — Contrariétés dans la famille. Impossible de deviner pourquoi, tandis que je parlais à des parents d'une façon aimable, eux ne voulaient pas me parler. Impossible même de deviner comment un être en ce monde pouvait être en inimitié avec un autre être. — Folie, chagrins, roman, misérables amitiés. Mais tout devait tourner à bien, et à me faire comprendre, en y réfléchissant, combien il est absurde d'aimer ainsi quelque chose en ce monde. »
« Dix-huit ans. — Beaux rêves d'une petite maison à la campagne, pour y réunir tous les enfants d'alentour et leur enseigner leurs prières, et les tenir bien propres, et leur apprendre à être bons. — Désirs passionnés qu'il pût y avoir en Amérique des endroits comme dans les romans que je lisais, oîi l'on pourrait vivre retiré du monde, et prier, et être toujours bon. Pensé très-souvent à courir au loin , même au delà des mers, sous un déguisement, travaillant pour vivre, afin de découvrir de tels endroits, s'il en existait. — Mes étonnements de voir les gens attacher tant d'importance à la toilette, au monde, etc.. Mille réflexions après m'ètre trouvée dehors, à la promenade, ou
ailleurs, me demandant pourquoi je ne pouvais y dire mes prières et y avoir d'aussi bonnes pensées que si j'avais été à la maison. Désir de raisonner philosophie, et de donner sa place à chaque chose; incapable cependant de faire ni l'un ni l'autre. Préféré rester dans ma chambre à tous les amusements au dehors. Hélas! hélas! hélas! des larmes de sang l Mon Dieu ! Horrible démenti à toutes ces bonnes promesses faites avec la plus téméraire présomption. « Dieu m'avait créée. Je me trouvais très-malheu- « reuse. Dieu était trop bon pour condamner une si « pauvre créature faite de poussière, et poussée par « le chagrin. » — Tel était mon misérable raisonnement. Laudanum. Actions de grâces, louanges à Dieu, inexprimable joie, pour n'avoir pas commis cet acte horrible! Mille promesses d'une éternelle gratitude i. »
1 C'est ici la première et la seule fois qu'Elizabeth Seton ait fait allusion à cette tentation de désespoir. On chercherait en vain dans ses autres écrits une trace de la lutte qu'elle eut à subir jusqu'au moment où triompha la grâce. Les quelques mots qui font revivre ce souvenir, très -incomplets pour nous, sont cependant loin d'être indifférents; c'est pourquoi nous trouvant dans l'impuissance d'y ajouter quoi que ce soit, nous les donnerons en entier dans le texte original. — o Alas, alas, al's, tears of blood, My God 1 horrid subversion of every good promise in the boldest presumplion. God had created me. I wtis very misérable. He was too god to condemn so poor a créature made of dust — driven by misery (Ihis the wretched reasoning). Laudanum. The praiseand thanks of excessive joy not to hâve doue the horrid deed. The tiiousand promises of eternal gratitude. »
« A Fàge de vingt ans , ma maison à moi. — Le monde et la piété en même temps ! tout à lait impossible! — « Mon Dieu, si je jouis de ceci, je vous perds. » — Et cependant , je n'avais pas encore le vrai sentiment de ce que j'aurais perdu ; c'était plutôt la peur de l'enfer et la crainte d'être privée du ciel. — Aunina offerte à Dieu mille fois ; offerte tandis qu'elle était encore dans son innocence; j'avais si peur que vivant, elle ne vînt à se perdre. Mon cœur s'élevant à Dieu pour lui dire de prendre ce qu'il lui plairait; de prendre tout s'il lui plaisait; seulement, qu'il ne me laissât pas , Lui, le perdre ! — L'association des pauvres veuves. — Gratitude dans le perpétuel contraste de toutes mes bénédictions et de la misère que je voyais; les remettant toutes cependant, prête à y renoncer, entre les mains de Dieu. — Mes soirées seule à écrire. — La Bible , les psaumes. — Brûlants désirs vers le ciel, offrant à Dieu continuellement ma ravissante Anna, William et Richard, Catherine et la petite Rebecca , dès le moment de leur entrée en ce monde. La crainte de leur perte éternelle, mon souci dominant, laissant loin toutes les peines et aussi toutes les joies d'une mère. — Les Te Deiwi au milieu de la nuit quand ils se réveillaient et que j'étais à les bercer. — L'union de mon âme avec Rebecca, Henriette et Cecilia. — Ma confiance eu Dieu dans la multiplicité de nos peines et de nos épreuves, »
« Vingt-neuf ans. — Foi en notre voyage de Li~ vourne. Persuasion que tout devait tourner à notre
bien. Joie lorsque j'emballai tout ce qui avait une valeur pour être vendu. Jouissance dans l'adieu donné à chacun de ces objets qui allait cesser d'être mien. Mille secrètes espérances en Dieu d'une entière séparation d'avec le monde. — Baisers à la petite croix d'or que mon père m'avait donnée pour la chaîne de ma montre. Pensées d'union à. cette croix, et résolutions tandis que je la baisais comme l'étendard de mon maître et de mon capitaine que j'étais appelée à suivre vaillamment. Quatre heures ont sonné. — Pensées dans les nuages. Mon cœur tout illuminé à l'approche du soleil levant. — Les Te Deum. — Pleurs de Rebecca se mêlant à mes pleurs devant notre tableau du Calvaire. Nos prières au milieu de la nuit. Cantiques au lever du jour, et larmes silencieuses versées dans le désir de la véritable vie. — Départ. — J'étais si remplie d'espérance en Dieu et d'aspiration vers la céleste demeure. — En mer. — Liberté et joie de l'àme parmi toute peine et chagrin. Te Deum sur le pont du vaisseau. Regards vers le ciel et les astres.
« Rêve dans la baie de Gibraltrar; les anges debout sur la colline verte, qui m'encourageaient à gravir les montagnes sombres, escarpées.
« Les cloches de VAve Maria comme nous entrions au port de Livourne, à Tiieure du soleil couchant. — Entière confiance en Dieu. — La première question d'Annina dans le lazaret , pendant que son cher papa commençait à s'endormir: « Maman, Dieu n'cst-il pas avec nous ici? » Et joignant ses bras autour de mon col, — «Maman : si papa meurt, est-ce que Dieu ne prendra pas soin de nous'? » — Sa joie à lire avec
366 ELIZABETIÎ SETON
nous nos psaumes et le Nouveau Testament. Ses terreurs pendant qu'elle rêvait qu'elle voyait quelqu'im qui la poignardait. S'éveillant dans mes bras, elle me dit : « Ce sera comme cela pour moi lorsque je mourrai ; je me réveillerai de toutes mes terreurs pour me voir entre les bras de Dieu. » — L'effroi de son cœur, serré contre le mien , ses sanglots pendant que nous étions agenouillées, dans les.bras l'une de l'autre, près du lit de mort de son père. — Mes ferventes prières pour lui après son départ. — Notre première nuit de repos seules à Livourne ; nos prières et notre espérance en Dieu. La tendresse des Filicchi pour elle avec ses façons si douces et charmantes. Son petit cœur si pieux se laissant voir en chaque chose. Sa passion pour visiter les églises. Ses questions pour savoir s'il y avait des catholiques dans notre New- York , et si nous ne serions pas catholiques.
« Ma première visite à l'église de la sainte Vierge Marie du Monte-Nero, à Livourne. — Si la divine Eucharistie n'avait été qu'un morceau de pain, comment auraient-ils pu, eux pour qui // était mort, boire et manger leur propre condamnation, ainsi qu'il est dit dans le texte protestant?
« Tandis que le Saint -Sacrement passait, porté dans la rue, l'angoisse de mon cœur à cette pensée: Je suis donc la seule qu'il ne bénisse pas ! Et le jour, entre autres, où il passé sous ma fenêtre, tandis que, prosternée à terre, je tournais mes regards en haut, vers la sainte Vierge, faisant appel à elle, parce qu'étant la mère de Dieu, elle devait avoir pitié de moi , et m'obtenir la foi bénie de ces précieuses âmes que je voyais autour de moi. Et quand
je me relevai après tant de soupirs et de larmes, le petit livre de prières que M"»'^ Amabilia avait donné à Annina se trouva ouvert sous mes yeux à l'endroit de la prière de saint Bernard à la sainte Vierge, Mémorare, avec quelle ferveur je la récitai! — Tant de réflexions sur le bonheur de ceux qui possédaient cette foi bénie en Jésus encore présent avec eux sur la terre. Je me disais : Avec quelle joie n'accepterais-je pas toutes les misères de cette vie, si je possédais cette céleste consolation de parler cœur à cœur avec Lui dans son tabernacle, et si j'avais cette certitude de le trouver dans ses églises ! — Mon profond respect et amour pour M"^^ Filicchi , lorsque revenant de la communion , elle rentrait à la maison. — Sentiments de crainte et de vénération pendant la messe dite par Nicola Barigazzi dans la chapelle privée. Sentiments encore aussi vifs, lorsqu'il vint nous visiter dans notre chambre (Annina étant malade), revêtu de ses ornements de cérémonie après le mariage de son frère et de sa sœur.
« Les célestes paroles et enseignements d'Antonio Filicchi quand il m'apprit à faire le signe de la croix, et me fit comprendre dans quel esprit je devais le faire. Son Amabilia m'apprenant pourquoi elle y avait recours en faisant cette prière : ISe nous laissez pas succomber à la tentation; et pourquoi Giannina i le faisait lorsqu'elle se sentait mal disposée à obéir à ce que sa mère lui ordonnait. — Mystères nouveaux, délicieux pour moi. — Vif désir de prendre l'eau bénite, et crainte de la profaner. Première
1 Giannina,\la fille aînée d'Amabilia Filicchi.
visite à l'église de l'Annunziata de Florence. Oh! mon Dieu! il n'y a que vous qui puissiez savoir!...
« La douce tendresse d'Annina; ses prières; son enchanlement de se trouver seule avec moi. Mille et mille pensées pour notre Dieu, notre Père, le Père de mes chéris restés là-bas, si loin, si loin. — Premières impressions en lisant la « Vie dévote » de saint François de Sales. — Son chapitre sur les veuves. Mes délices en le lisant (je m'agenouillais à chaque page), ce livre et un autre livre intitulé: L'Infaillibilité de l'autorité dans l'Église catholique.
« Les dernières paroles de Filippo Filicchi: « Nous nous retrouverons au jour du jugement. » Mon cœur si résolu en son dessein de s'efîorcer de faire la volonté de Dieu. — Dernière messe à Livourne, à quatre heures du matin. Tout mon être absorbé dans un sentiment inexprimable de respect et d'émotion ; tandis qu'agenouillée dans le petit confessionnal , je ne m'apercevais pas que le bon religieux était là, qui m'attendait et prêtait l'oreille; et il sortit, et s'en fut près de M""^ Filicchi pour lui demander pourquoi je ne commençais pas. — Le lever du soleil sur le balcon de M"^'' Filicchi, pendant que je lui disais adieu. Les baisers à mon petit ange Giorgino et à ses autres enfants bien -aimés. Oh! notre Seigneur et notre Dieu !
« Coucher de soleil sur l'île d'Iviça. Pensées de l'enfer comme d'un immense océan de feu; l'angoisse succédant à l'angoisse, comme sur la mer, les vagues aux vagues sans fin. »
APPENDICE ^ Jjejâ
« New- York, 4 juin 1804. — Ici, que de souvenirs! Rebecca, ma chère Rebecca, mourante; attendant comme elle le disait : « d'avoir sa sœur pour mourir. » Plus de demeure pour moi maintenant; mais je retrouve tous mes enfants chéris. Le ciel pur là-haut , et Dieu ici ; et dans mon cœur, plus forte que jamais, la confiance que tout tournera pour notre bien. Je me suis vue à ce moment de ma vie, ayant plein droit, moi et mes chers petits, à toutes les promesses données à la veuve et à l'orphelin; et chaque heure et chaque jour qui s'est écoulé depuis, a confirmé cette confiance, cette joyeuse confiance, en notre Dieu , notre tout !
« Mille pages maintenant ne sauraient dire les douces heures passées avec ma Rebecca prête pour son départ. — Mon étonnement du peu de mots que je pouvais offrir à son attention sur la vraie foi et le service de Dieu, tant elle était faible, épuisée. Elle me disait et répétait seulement : « Votre peuple est mon peuple; et votre Dieu, mon Dieu. » Mon bonheur, chaque jour, de voir son empressement pour lire ensemble notre messe spirituelle , jusqu'au dimanche matin où nous dîmes notre dernier TeDeum, les yeux fixés vers les brillants nuages tout empourprés des rayons du matin. Et ses tendres actions de grâce de ce que nous nous étions connues et aimées l'une l'autre d'une si intime amitié ici -bas, pour être unies , un moment après, dans notre chère éternité! — La joie la plus pure, alors que je la vis délivrée des mille peines et épreuves à travers lesquelles j'avais à passer. Pas une de ces peines, pas une de ces épreuves , qu'elle n'eût faite toute sienne !
« Maintenant, mon entrée dans notre chère humble petite demeure avec mes chéris. Leur tendre tendresse pour leur chère mère. Mon Annina, mon William , mon Richard , ma Kitt , ma douce petite Becc. A cette heure encore, avec quel ravissement, je me reporte en arrière vers ces heures de tendresse passées autour de notre feu , ou de notre petite table, ou au piano. — Nos histoires de chaque soirée; les airs chantés avec entrain après les leçons et le travail de la journée. Leurs mille gentillesses pendant que chacun d'eux voulait aider cette chère maman. Notre premier : Je vous sabie, Marie, dans la petite chambre, à la prière du soir, quand Annina disait : « Oh! maman, laissez-nous dire : Je vous salve, Marie! — Je vous en prie, maman! dit aussi le petit William; » et tous, nous dîmes: Je vous salue, Marie. Et la petite Becc regardait mon visage , comme pour saisir les mots ; et elle ne pouvait les prononcer que d'une façon qui les aurait tous fait rire , si les larmes de la mère n'avaient pas fixé leur attention. — Souvenir des mille prières, des larmes, des gémissements de l'àme hésitante, qui se succédèrent jusqu'au mercredi 14 mars 1805, jour où j'entrai dans l'arche du Seigneur, moi avec mes bien-aimés.
« Maintenant , les souvenirs se pressent en foule , à partir de ce jour de ma première communion, dans l'église de Dieu, 25 mars. — Les heures comptées une à une. Ma veille pendant cette nuit, et ce cœur palpitant dans l'attente du suprême bonheur désiré si longtemps. Mystère, bénédiction, délices célestes. Point de paroles pour l'exprimer ! — Foi brûlante. Attente de la première aurore à travers des assou-
pissements interrompus. Et cet instant, quand enfin j'ai vu le premier rayon du soleil sur la croix du clocher de Saint-Pierre éclairé d'un tel éclat , qu'il semblait être l'éclat du matin éternel. Chaque pas compté dans cette distance de deux milles ; me sentant indigne de passer cette rue,... et la porte de l'église... Enfin, d'approcher de l'autel... L'espérance vivante en moi , que puisqu'/Z avait déjà tout fait pour une si pauvre créature, encore voudrait- il l'admettre à être à lui pour jamais. Mon retour, tandis que je marchais avec mon trésor dans le cœur. Premiers baisers et bénédictions donnés à mes chéris , moi qui apportais un tel Maître dans notre petite demeure. — Maintenant, ce cœur tranquille , satisfait, dans les mille rencontres où la croix, cordialement embrassée, est venue s'offrir. En même temps, si attentive à consacrer la paix avec tous. Ici , les plus douloureux souvenirs. Toutefois, je les conserve avec gratitude, l'ordre de la grâce est si manifeste à travers tout. »
« 1808. — Les derniers sons des cloches à New- York pendant que notre vaisseau s'éloignait du qnai faisant voiles pour Baltimore. — De chers amis laissés derrièrenous.Mais je suis, pour les plus chers d'entre eux, un sujet de peine, d'humiliation. — Arrivée cà Baltimore , à la porte de la chapelle de Sainte-Marie. Les sons de l'orgue, le Kijrie eleison. Imposantes cérémonies vues pour la première fois. Catherine et Rebecca, si accoutumées à se voir dans mes bras à l'église (celle de New- York), se suspendant toutes
les deux après leur mère , muettes d'admiration et de surprise. Et pendant ce jour de fête ( du Corpus Christi), jour de merveilles pour nous, les regards d'Annina remplis de sur[irise et de bonheur; et notre consécration à Marie.
« Premières charités de M. du Bourg et de son excellente sœur, envers l'étrangère et les orphelins. — Mes bons, charmants, excellents garçons à Georgetown, revenus dans les bras de leur mère après deux années de séparation. Ah ! laissez-les se réjouir, les enfants de la prospérité; ils ne sauraient seulement avoir une idée de la moindre de nos joies cà nous qui ne possédons rien ; rien que ce que nous trouvons en nous réciproquement, les uns dans les autres ! — La première réunion de mes cinq enfants dans notre belle petite maison, si proche de la chapelle pour notre messe de tous les jours. — Depuis ce moment, la roue tourne, tourne toujours, et elle ramène de nouvelles bénédictions. Mais combien peu je m'améliore ; et souvent, combien je m'égare ! — Plus tard , le dessein du bon M. Cooper d'avoir une école pour de pauvres enfants. L'activité, l'effort incessant de M. du Bourg pou.' que ce désir pût avoir son accomplissement. Notre bénie Cecilia i nous est envoyée , puis Maria 2 , puis après elles notre chère Suzanne 3, et la petite Mary-Ann ^ ; et après, notre Cecilia de New- York 5 avec la bien-aimée Henriette pour la soigner. Leurs premières impressions et plaisirs. Quel ravissement pour leur pauvre sœur ! Notre départ pour la
ï^Cecilia O'Connay. — 2 Maria Murphy. — 3 Suzan Clossy. — * Mary Ann Butler. — ^ Cecilia Seton.
montagne. — Notre bon, excellent ami M. Weise. — La bonne hospitalité de M. Dubois. Cette pure et innocente Ellen ; la chère Sally , l'excellente M™" Thompson... Les bois, les rochers, les promenades. Le désir d'Henriette , désir plein d'anxiété , d'assister à la messe , et à l'adoration du soir. — Notre visite à l'église à onze heures du soir; la brillante clarté de la pleine lune dans lanuit de sainte Marie-Madeleine. — La soirée où je courus à la rencontre d'Annina, de Catherine et Rebecca. Ah ! quels doux souvenirs ! Et puis , quand William et Richard arrivèrent avec la sœur Rose, Kitty, Cecilia, Maria, Suzanne, Mary!
« Un millier de peines; un millier, millier de joies. L'ordre de la grâce.
« Mon William, après avoir reçu l'extrème-onction, si bien préparé pour la mort. Son calme, son silence au milieu du délire de la fièvre , lorsque sa tante Henriette et sa mère disaient les litanies pour lui. — Première communion d'Henriette, 24 septembre. — Sa dernière communion, [^ décembre 1S09. « Tout amour, toute paix! disait-elle... Écoutez les battements de son cœur au jardin de Gethsemani ; voyez comme ils le flagellent ! Oh ! mon Jésus , je soufTre avec vous! N'allez -vous pas l'amener vers moi? — Mon Jésus, vous savez que je crois en vous, que j'espère en vous, que je vous aime ! »
« La douce mort de Cecilia, le 29 avril ISIO. Ses funérailles. — Fleurs sauvages cueillies par les enfants. »
« Anniversaire de saint Vincent, 18H. — AKempis. — Psaume 118, au chœur. »
« Le soir, avant la mort d'Annina, lorsqu'elle chantait : Quand les puissances de l'enfer m'environnaient, etc..
« Et ces mots qu'elle répéta toute la nuit : Jésus , Jésus, Jésus!
« Le dernier serrement de sa main ; et ses regards vers le ciel , lorsqu'on lui demanda si elle n'était pas reconnaissante de toute la bonté de Notre-Seigneur envers elle.
« Rose à peine éclose, et déjà cueillie. Calice entr'ouvert, parfum, douce fleur!
Tu ne connais plus larmes ni douleur.
Dans l'immortalité tu vis épanouie. »
Ici s'arrêtent les notes inachevées du manuscrit d'Elizabeth.
DU TOiME SECOND
(Voir page 76.)
A ces règles communes à toutes les Filles de la Charité , saint Vincent de ;Paul a ajouté des règles particulières pour les Sœurs des paroisses, les maîtresses d'école, les Sœurs des villages, et les Sœurs des Hôtels-Dieu et hôpitaux.
Le règlement des Sœurs des paroisses leur recommande particulièrement le désintéressement et l'humilité. c( Elles se donneront bien de garde de penser , dit saint Vincent, que les pauvres leur soient obligés pour les services qu'elles leur rendent. Mais, au contraire, elles doivent se persuader qu'elles leur sont fort redevables ; puisque pour une petite aumône qu'elles leur font d'un peu de leurs soins, elles se font des amis qui ont droit de leur donner un jour l'entrée dans le ciel ; et même dès cette vie, elles reçoivent à leur sujet plus d'honneur et de vrai contentement qu'elles n'eussent jamais osé espérer dans le monde : de quoi elles ne doivent pas abuser, mais entrer en conl'usion dans la vue de leur indignité. »
Le règlement de la maîtresse d'école s'occupe surtout de l'instruction chrétienne des enfants, et des soins que la maîtresse devra prendre pour former leurs mœurs; l'instruction qu'elle pourra leur donner au point de vue des connaissances humaines n'est cependant pas mise en oubli. On lui recommande, à elle aussi, de n'admettre les enfants des riches qu'en cas de nécessité; par exemple, s'il n'y avait pas d'autres maîtresses d'école. Mais, dans ce cas même, la maîtresse fera en sorte que les pauvres soient toujours préférés aux riches, et ne soient l'objet d'aucun mépris.
Les Sœurs de village , au nombre de deux , ordinairement plus isolées que les autres, se doivent entr'aimer et entr'aider davantage. Leurs fonctions sont multiples. Là où se trouve une confrérie de la Charité, elles rentrent sur ce point dans la catégorie des Sœurs des paroisses. Elles aussi font l'école ; mais l'école individuelle , nomade en quelque sorte; car elles instruisent les petites mendiantes à leur passage , elles vont chercher les bergères aux champs, et leur font la leçon pendant qu'elles sont occupées à la garde de leurs troupeaux ou qu'elles les ramènent à l'étable.
Les Sœurs des hôpitaux et Hôtels-Dieu dépendent pour le spirituel du supérieur général de la Mission ; pour le temporel, des administrateurs. Elles s'occupent uniquement de leur service. Elles sont nourries et entretenues aux dépens de l'hôpital. Malades ou caduques , elles demeurent, quand même, comme fdles de la maison; mortes, elles sont ensevelies en leur manière ordinaire. Elles ne doivent compte de leur service qu'aux administrateurs. La Sœur servante tient note des entrées et des sorties; c'est elle qui distribue les offices aux Sœurs. Si la communauté est chargée d'entretenir l'hôpital , elle rend compte aux administrateurs toutes les fois qu'elle en est requise. En général, les Sœurs hospitalières
doivent faire concorder leurs rèfrles communes et emplois de la journée avec le service corporel et spirituel des malades, post-posant tout, néanmoins, à celui-ci. Du reste , chacune a son emploi et par conséquent ses règles particulières : la Sœur servante ou supérieure , les Sœurs chargées de recevoir ou de coucher les malades, ou de donner le pain ou le vin, de servir les débiles, ou d'avoir soin de la vaisselle ; les Sœurs veilleuses ; les buandières, les Sœurs chargées des habits des morts, les ensevelisseuses. A chacune, outre des règles de conduite, en quelque sorte matérielles, saint Vincent de Paul a donné des avis chrétiens pour surnntiirnliser son emploi. Ainsi, l'ensevelisseuse doit se souvenir de l'humilité de Notre-Seigneur, qui a voulu être enseveli lui-même; la panetière, de la Providence qui nourrit les hommes, et de la multiplication des pains ; la veilleuse , des veilles de Notre-Seigneur au jardin des Oliviers i.
( Voir page 122.)
STATUTS ET RÈGLEMENTS CONCERNANT L'ORGANISATION INTÉRIEURE DE LA COMPAGNIE DES FILLES DE LA CHARITÉ
« La confrérie de la Charité des servantes des pauvres... est composée de iilles et de veuves, lesquelles éliront une supérieure d'entre elles, de trois ans en trois ans, à la pluralité des voix, le lendemain de la Pentecôte , en la
1 Voir Sainl Yxncenl de Paul, sa vie, son (emps, ses œuvres, par M. l'abbé Maynard. Paris, 18G0.
présence du supérieur général de la Mission, ou d'un prêtre de ladite Mission qui sera député de sa part pour leur direction ; laquelle pourra être continuée pour trois autres années seulement. Elles éliront de plus trois autres officières, tous les ans à pareil jour; dont Tune sera assistante , l'autre trésorière , et l'autre dépensière 1.
« La supérieure aura la direction de ladite confrérie avec le supérieur général , ou celui qui sera député de sa part ; elle sera comme l'âme qui animera le corps ; fera observer le présent règlement ; recevra en ladite confrérie celles qu'elle trouvera à propos , de l'avis dudit directeur et de celui des autres officières ; les dressera en tout ce qui regarde leurs emplois , mais particulièrement en la pratique des vertus chrétiennes et propres à leur état , les instruisant plutôt par son exemple que par ses paroles; les enverra, retiendra, rappellera, et emploiera en tout ce qui regarde la fin de ladite confrérie ; non-seulement en la paroisse où ladite sera établie, mais encore en tous les lieux où elle les enverra. Le tout de l'avis du directeur.
« La seconde officière sera assistante de ladite supérieure , lui servira de conseil , et la représentera en son absence ; et toutes lui obéiront comme à la supérieure en l'absence d'icelle.
« La troisième servira de trésorière , fera la recette , et gardera l'argent dans un coffre à deux serrures différentes, dont la supérieure aura la clef, et elle l'autre; excepté qu'elle pourra tenir entre ses mains la somme de cent livres , pour fournir au courant de la dépense ; et rendra compte tous les mois à la supérieure , et tous les ans au directeur, en la présence de toutes les officières.
1 Dépensière, c'est le nom qu'au temps de saint Vincent de Paul on donnait à l'économe.
Elle représentera aussi la supérieure et l'assistante en leur absence, et leur servira de conseil.
« La quatrième fera la dépense et pourvoira aux nécessités communes de la compagnie ; rendra compte toutes les semaines à la supérieure ; représentera la même supérieure en l'absence d'icelle et des autres officières, et leur servira pareillement de conseil. ' (( Tant les filles que les veuves de ladite confrérie seront soumises et obéiront à ladite supérieure , et , en son absence , aux autres officières et à toutes celles qui seront députées de sa part; se représentant qu'elles obéissent à Dieu en leurs personnes ; et exécuteront volontiers et ponctuellement le présent règlement et les louables coutumes de leur institut, soit dans les paroisses où elles seront établies, soit ailleurs, où elles seront envoyées. Elles rendront aussi obéissance en ce qui regarde leur conduite audit directeur et supérieur.
« Celles qui désireront être reçues en ladite compagnie, se présenteront à ladite supérieure ; laquelle , après avoir éprouvé leur vocation et conféré avec le directeur , et de l'avis des autres officières, les recevra, les dressera en leurs fonctions quelque temps ; et puis après , selon qu'elle les jugera capables, elle les emploiera aux exercices que nous avons dits. »
NOTE 12 (Voir page lil.)
K Dans la visite que j'ai faite d'une partie de mon diocèse, j'ai parcouru trois mille milles, ou mille lieues, à pied , parce que je ne pouvais pas fairola dépense néces-
saire pour me faire accompagner. » Lettre de M. Dubois, 16 mars 1830 1. Et plus loin, il dit encore: « Obligé de remplir tout à la fois les fonctions d'évêque, de curé, de catéchiste, si je m'absentais pendant quelques jours de mon troupeau de la ville, c'était pour courir après mes brebis dispersées dans mon immense diocèse. Mille lieues à parcourir pour les visiter, étaient le seul délassement que j'avais pour me soulager des fatigues du confessionnal, et de l'administration journalière de mes pauvres malades. Mais, hélas ! les fatigues du corps n'étaient rien en compnraison des angoisses d'esprit que j'éprouvais à la vue de cette quantité innombrable d'âmes abandonnées que je trouvais sur mon passage, et à qui je ne pouvais répondre que par mes larmes. »
En 1826, lorsque M. Dubois avait été appelé par le saint-siége à conduire l'Eglise de New-York , on évaluait à cent cinquante mille, au moins, le nombre des catholiques répandus dans tout le diocèse. La seule ville de New-York en comptait plus de trente-cinq mille. Chaque année l'émigration irlandaise en augmentait le nombre de plusieurs milliers. A New-York seulement , dix mille catholiques irlandais étaient arrivés de l'année 1814 à l'année 1817. M. Dubois, seul avec six prêtres, avait à pourvoir aux besoins spirituels de cette multitude d'âmes. Pendant deux ans et plus, il parcourut son diocèse en tout sens, avec la double fonction de missionnaire et d'évêque. Le territoire sur lequel sa juridiction s'étendait, de l'océan Atlantique au lac Érié, de la baie de la Delaware au fleuve Saint-Laurent, comprenait un espace aussi grand que la France et l'Espagne réunies. Ce fut après être revenu de cette course laborieuse, qu'il prit la résolution d'aller en France et en Italie, quêter des aumônes,
1 Voir Annales de l'Association de la propagation! de la foi , n» XXI , année 1830.
et surtout des coopérateurs. Il partit de New-York, en 18-29, Il était à Rome au mois de mars 1830 ; et à New-York , à la fin de la même année. « A force de solliciter nos frères d'Europe, écrivait -il alors, j'ai réussi à multiplier le nombre de mes coopérateurs jusqu'au nombre de dixhuit; mais qu'est-ce que ce petit nombre pour tant de milliers d'âmes qui sont privées de secours? » Des lettres de M. Dubois, en date du mois de mai 1833 et du mois de mars 1834, nous apprennent qu'à cette époque le nombre des catholiques dans la ville de New-York atteignait le chiffre de cinquante mille , tandis que le nombre des catholiques dans tout le diocèse dépassait le chiffre de deux cent mille. L'évêque était alors assisté de dix prêtres pour la ville, et de quinze missioimaires pour le reste du diocèse i.
NOTE 13 (Voir page 14i.)
Quelques mots sur M. Brute de Remur, que nous retrouverons souvent près d'Elizabeth Seton dans les dix dernières années de sa vie. Il n'avait pas encore sept ans lorsqu'il perdit son père. Sa mère, Jeanne-Renée le Saulnier de Vauhelle, l'éleva sous ses yeux avec un grand soin. C'était une personne d'une haute piété , d'une remarquable inteUigence et d'une grande force de caractère. Aux plus mauvais jours de la l'évolution, le respect qu'elle avait su inspirer à tous , dans toutes les classes de la
1 Voir Annales de l'Association de la propugulion de lu foi, no XLil, année 1835.
société , protégea sa vie ; mais au sortir de cette crise , elle se trouva avec une fortune presque anéantie, et son fils dut songer à prendre une professien. Ce fut alors qu'il s'en vint à Paris, et qu'il se mit à suivre les cours de l'école de médecine , sous les célèbres professeurs Pinel, Esquirol, Fourcroy et Bichat. Ses études furent très- brillantes. En 1803, il obtint le premier rang dans un concours de plus de onze cents élèves ciioisis parmi les meilleurs. Mais déjà une irrésistible vocation l'entraînait vers le saint ministère. Il refusa le poste éminent auquel ses succès venaient de lui donner droit, et il entra au séminaire de Saint-Sulpice. Sitôt qu'il eut été ordonné prêtre, en 1808, l'évêque de Rennes le demanda pour son diocèse, et lui donna dans son séminaire la charge de professeur de théologie. Dans le temps où M. Flaget, l'évêque nommé de Bardstown, cherchait à obtenir de la France quelques auxiliaires pour son immense diocèse dépourvu de prêtres, M. Brute sentit se réveiller en lui le désir qu'il avait toujours eu de se dévouer aux missions. Ayant obtenu permission de son évêque, il vint s'offrir à M. Flaget, et s'embarqua avec pour l'Amérique.
( Voir page 198.)
Les sentiments que M. Brute de Remur devait aux traditions de sa famille , apparaissent pleinement dans les notes fort curieuses qu'il a laissées sur les scènes de terreur dont il avait été témoin à Rennes, pendant la révolution. Sa jeunesse le mettant à l'abri des soupçons, c'était lui qui allait aux informations en ces jours
affreux; maintes fois il assista aux séances du tribunal révolutionnaire. Les documents qu'il a réunis ont pour titre : Sonic Lrief notes of my recolleclions connecttd ivith tlie perseaition in France, in 1793, und tlie following y pars. Le digne neveu d'Elizabeth Selon , M. James Roosevelt Layley, aujourd'hui archevêque de Baltimore, les a publiés en y joignant une excellente notice sur la vie de M. Brute. Le livre de M, Bayley est intitulé: Memoirs of the right révérend Simon W. M. Gabriel Brute D. D. firstbishop of Vincennes..,. New- York, 1861.
( Voir page 204. )
Évéque depuis plusieurs années , et investi de prérogatives immenses, John Carroll donna à la Compagnie de Jésus le témoignage d'un attachement filial et de l'obéissance la plus humble. Après avoir rappelé plusieurs traits de sa vie, nous ne saurions taire celui-ci.
Les membres dispersés de la Compagnie de Jésus et le général de l'Ordre avaient trouvé asile en Russie. PieVI, qui les aimait, avait concouru à maintenir ce faible reste d'un corps signalé par de si grands services rendus à l'Eglise. Après lui, le pape Pie Vil, par un bref rendu le 7 mars 1801 , venait de permettre l'établissement de la Compagnie en Russie. Sitôt qu'il eut connaissance de ce bref, John Carroll adressa au P. Gruber, général de son Ordre, l'ésidant en Russie, la lettre qu'on va lire, et que signa également Léonard Neale , coadjuteur de Baltimore, évèquedeGortyne in partibus , autrefois membre de la Compagnie :
« Très -Révérend Père eu Jésus -Christ, ceux qui s'adressent à Yotre Paternité étaient autrefois membres de la Compagnie de Jésus. Après sa malheureuse suppression enl77i3, nous retournâmes dans notre patrie. Nous y travaillions avec nos confrères; car depuis le jour où le christianisme pénétra dans ces contrées, les Jésuites sont les seuls prêtres catholiques qui aient veillé au salut des âmes i.
« Lorsque , en 1785 , les États-Unis furent entièrement séparés de la Grande-Bretagne, noti'e samt Père Pie \'I, d'heureuse mémoire, jugea nécessaire d'enlever les fidèles de l'Amérique à l'autorité et à la juridiction du vicaire apostolique d'Angleterre, et de les soumettre à un évèque spécial. Il établit un nouveau siège à Baltimore, et accorda au prélat nommé par lui la juridiction sur l'immense territoire de cette république. Depuis ce jour, beaucoup de prêtres, tant séculiers que réguliers de difïérents Ordres, se sont répandus dans les nombreuses provinces de l'Amérique, et cette dispersion, ainsi que nous avions le droit de l'espérer, a profité à l'accroissement de la véritable foi. Mais de la Compagnie de Jésus il ne reste à présent que treize prêtres. Ce sont des hommes pour la plupart affaiblis par l'âge et consumés par les travaux ; ils résident principalement au Maryland et dans la Pennsylvanie, provinces dans lesquelles la religion cathoUque a été d'abord implantée et où elle est plus llorissante que partout ailleurs.
1 On a vu que les prêtres de la Compagnie de Saint- Sulpice n'avaient paru aux Etats-Unis — dans le Maryiand — qu'en 1791. Ils y avaient été demandés par M. CarroU lui-même, lors du voyage que ce prélat Ht en Angleterre, en 1790, pour ètie sacré évèque de Baltimore. M. Nagot, envoyé à ce moment de Paris à Londres, y traita de cette affaire. Quant aux Sulpiciens établis au Canada, du temps de M. Olier, ils n'avaient point pénétré dans les contrées qui forment aujourd'hui l'Union américaine.
« Par plusieurs lettres de nos frères , nous avons appris, avec la joie la plus vive, que la Compagnie a été sauvée , grâce à une sorte de miracle , et qu'elle existe sur le territoire de l'empereur de Russie. Nous savons que le Souverain Pontife la reconnait, et que, par un bref, il a donné à Yotre Paternité la faculté d'admettre de nouveau ceux qui appartiennent à la Compagnie. Presque tous nos anciens Pères sollicitent avec ardeur la grâce de renouveler les vœux qu'ils ont faits à Dieu dans l'Institut. Ils demandent à achever leui" vie en son sein , et ils se proposent de consacrer leurs jours à rétablir la Société, si la Providence le permet.
« Votre Paternité n'ignore pas quels elïorts il faudra faire pour ne point ressusciter un fantôme de l'ancienne Compagnie. LUe doit revivi'e, mais avec sa véritable forme, son gouvernement en toutes choses, et avec son véritable esprit. Pour atteindre ce résultat, il nous parait essentiel que Votre Paternité choisisse parmi les membres de l'Ordre un Père doué d'une extrême prudence , versé dans les aiïaires , plein de l'esprit de saint Ignace et de ses Constitutions, afin qu'envoyé ici par vous, il dispose tout en votre nom et sous votre autorité
. . . . On éviterait les dangei's d'une longue navigation, si on trouvait en Angleterre ou ici quelqu'un de la Compagnie à qui on put confier cette mission. Mais , pour dire la vérité , nous avons été si employés dans des ministères en dehors de l'Institut, nous sommes si peu expérimentés dans son gouvernement, le défaut de livres , de Constitutions et d'actes même des Congrégations générales est si llagrant , qu'on ne saurait rencontrer parmi nous, ni en Angleterre, de Jésuite doué d'assez de vigueur, de santé et des autres qualités nécessaires pom" remplir ces fonctions. 11 parait donc qu'il serait opportun d'envoyer ici un des Pères qui sont auprès de
vous. Il faut qu'il connaisse à fond vos intentions, qu'il soit assez prudent pour n'entreprendre rien précipitamment avant d'avoir étudié le gouvernement, les lois et l'esprit de cette république, aussi bien que les mœurs de son peuple.
« Les biens appartenant à la Compagnie ont presque tous été conservés; ils suffisent à l'entretien de trente religieux. Après la destruction de l'Ordre, une partie de ces propriétés a été consacrée à l'établissement d'un collège assez vaste, où la jeunesse est instruite dans les belles-lettres. Lorsque Pie VI voulut donner un évêque à ce pays, et plus tard un coadjuteur avec droit de succession , il les choisit tous deux parmi les Pères de la Compagnie. Dans cette république, les prêtres, de quelque culte que ce soit, jouissent d'une égale liberté. Rien n'empêche les Réguliers de vivre selon leurs constitutions pourvu qu'ils obéissent aux lois civiles. Dans les contrats de tout genre néanmoins, il est bon de s'abstenir du nom de communauté. Tous les biens que possèdent les religieux sont censés appartenir aux individus ; et si quelqu'un secoue le joug de la religion, il le fait en ce monde impunément , le bras séculier ne se prêtant en aucune façon à le réintégrer dans le devoir.
« Tels sont les vœux que nos confrères désirent qui vous soient exposés en leur nom. En le faisant , nous prions du fond de notre cœur la Majesté divine , afin que de cette ouverture naisse l'espéranco- en un commencement d'exécution pour réédilier la Compagnie , et que Dieu vous accorde à vous la vie et les forces nécessaires à l'accomplissement d'une pareille œuvre i. »
1 Voir Crétineau-Joly , Uistoire religieuse, poliUque et littéraire de la Compagnie de Jésus.
NOTE 16 (Voir page 2'74.)
SUR QUELQUES-UNS DES MISSIONNAIRES ET DES PREMIERS EVÈQUES DES ÉTATS-UNIS, A PARTIR DE l' ANNÉE 1788
Les dates et les faits qu'on a indiqués dans ces Notices sont puisés à diverses sources, dont les principales sont: les lettres publiées dans les Annales de l'Associaiion de la propagation de la foi, de 1822 à 1850; — L'Ami de la religion et du Roi';— la collection des Précis historiques..., par Ed. Terwecoren, de la Compagnie de Jésus; — Notices historiques sur quelques membres de la Socie'te' des Pères du Sacré-Cœur et de la Compagnie de Jésus, par le P. Achille Guidée ; — Collection towards illuslraling ihe biograpky of the scotch , english and irish mevibers of the Society of Jésus , by the Rev. D"^ Oliver, St-Nicholas jiriory Exeter. — Sketches of the life of the Rev. Feti-r de Andreis.... with a sketch of the progress of the catholic religion in the U. S. — Baltimore, 1861. — A Drief Sketch of the history of the catholic Church on the island of New-York, by the Rev. J. R. Bayley — actually archbishop of Baltimore — .
, Félix de Andreis, né en 1778, à Démonte, province de Cuneo , en Piémont. Prêtre de la Congrégation de la Mission, — lazariste. — Professeur de théologie dans la maison de Monte -Gitorio , apjjartenant à son ordre à Rome, remarque par son éloquence, sa science et sa piété, — on l'avait appelé , tout jeune qu'il était encore, un autre Jean Chrysostome, — il obtint la permission de se dévouer aux missions dans les sauvages contrées du Missouri.
C'était au moment où M. du Bourg cherchait à Rome
des auxiliaires pour l'aider dans sa tâche immense. La plus belle des conquêtes que fit alors'le pieux évoque fut celle de Félix de Andreis et celle de Joseph Rosati. Tous les deux ont été les apôtres du Missouri. Tous les deux ont été, après M. du Bourg, les fondateurs du séminaire de Sainte-Marie des Barrens < , la première maison que leur congrégation ait eue à la Louisiane. Andreis mourut à Saint-Louis du Missouri, en 1820.
N. Aquaroni , l'un des prêtres de la Congrégation de la Mission qui renoncèrent à l'Italie leur patrie, et qui se joignirent , en I8IC1 , à Félix de Andreis pour venir en aide à M. du Bourg. Deux prêtres séculiers , natifs des environs de Gênes, N. Carretti et André Ferrari, quatre jeunes séminaristes et le Frère Blanca , de la Congrégation de la Mission , s'offrirent à l'évêque de la Louisiane en même temps que N. Aquaroni, Rosati et Andreis. N. Aquaroni apporta les paroles de l'Évangile parmi les tribus indiennes des confins du Missouri , chez les Sioux, etc.
Etienne-Théodore Badin, né à Orléans en 1768, n'étant encore que diacre, faisait partie de la petite colonie envoyée en Amérique sous la conduite de M. Nagot. Tl fut ordonné prêtre à Baltimore le 25 mai 1793. Il est le premier prêtre catholique qui ait été ordonné aux États-Unis. Ce fut M. CarroU qui lui imposa les mains , et qui aussitôt après le chargea de la mission du Kentucky. Véritable fondateur de cette Mission et apôtre de toute la contrée, M. Badin devint, en 1810, vicaire général de M. Flaget, dont le diocèse embrassait six États : le Kentucky, le Tenessee , l'Ohio , le Michigan , l'Indiana' et' les Illinois.
1 Dans Perry-County!,^— Missouri '— 'à 15 milles de Sainte- Geneviève.
Le même navire qui, parti de Saint -Malo en 1791, transporta en Amérique M. Nagot avec les auxiliaires qni l'accompagnaient, avait à son bord M. de Chateaubriand, alors âgé de vingt -deux ans. Théodore Badin était un de ces jeunes « séminaristes « sulpiciens dont l'auteur du Génie du Christianisme a écrit : « Ces compagnons de voyage m'auraient mieux convenu quatre ans plus tôt : de chrétien zélé que j'avais été , j'étais devenu un esprit fort, c'est-à-dire un esprit faible. » — Voir les Mémoires d'outre-tombe.
Antoine Blanc , missionnaire du diocèse de Lyon , un do ceux qui accompagnèrent M. du Bourg à son arrivée à la Louisiane en 1817. II porta la parole de Dieu dans rindiana ; puis chez les Natchez au bord du Mississipi. Dans l'année 1822, il eut la joie de se voir rejoindre par son frère , Jean-Baptiste Blanc , qm venait prendre part à ses travaux apostoliques. La mission de Nakitoches, dans la haute Louisiane, sur les confins du Mexique, a eu J.-B. Blanc pour fondateur.
En 1833, après la mort de N. de Nekere, Antoine Blanc fut élevé au siège épisopal de la Nouvelle -Orléans. Il mourut en 1860.
N. Chabrat , du diocèse de Saint-Flour, et François- Vincent Badin i , du diocèse d'Orléans ; tous les deux , n'étant encore que diacres , quittèrent la France en 1810 , pour prendre part aux travaux de M. Flaget ; ils l'accompagnèrent dans son diocèse du Kentucky, où ils furent ordonnés prêtres. M. Chabrat devint, en 1835, coadjutcur de son évèque. M. Badin fut envoyé dans la mission du Michigan , auprès de M. Gabriel Richard , à qui il
1 François-Vincent Badin était frère de Théodore Badin , l'apôtre du Kentucky.
ferma les yeux en 1832. Les sauvages tribus qui virent le plus souvent parmi elles ce zélé missionnaire, furent celles des Algonquins, des Ottawas, des Sioux, des Hurons, etc.
En 1847 , M. Chabrat , menacé d'une cécité complète , fut obligé de renoncer à ses fonctions de coadjuteur de Bardstown ; il revint en France , où il acheva ses jours. Son successeur comme coadjuteur , et ensuite comme évêque du diocèse, fut M. Spalding, né dans le Kentucky ; qui , à l'époque où JI. Flaget avait pris possession du siège épiscopal de Bardstown , était âgé de un an.
N. CiQUARD , de la Compagnie de Saint - Sulpice , fut envoyé en Amérique par M. Emery , en 1792. Sou apostolat s'exerça sur les confins de la Nouvelle-Angleterre, dans l'État du Maine et dans le Nouveau - Brunswick , parmi les pieux enfants de la tribu des Abénakis, si célèbres par leur foi et par les maux qu'ils endurèrent pour leur foi sous la domination anglaise. M. Ciquard mourut à Montréal, en 1824. Après lui, ce fut M. de Cheverus qui eut le soin de sa mission.
Jean -Antoine Elet , de la Compagnie de Jésus, né dans la province d'Anvers en 1802. A l'âge de dix-neuf ans , il prit la courageuse résolution de quitter sa patrie pour se consacrer aux missions dans l'Amérique du Nord. Il a été l'un des fondateurs du collège de Saint-Louis du Jlissouri, et de l'école libre de Cincinnati dans l'Ohio, d'où il fut envoyé à Louisville dans le Kentucky. C'est là qu'il mourut, en 1850 , ayant vécu dans les missions de rOuest près de quarante années. Un de ses frères, Charles-Louis Elet , de la Compagnie de Jésus comme lui, était venu prendre part à ses travaux dans l'année 1848. Il eut la douleur de le perdre, — âgé seulement de
trente-sept ans, — un an à peine après son arrivée dans le Kentucky.
John England , missionnaire irlandais , premier évèque de Charlestown, fondateur de la mission des deux Carolines et de la Géorgie. En 1820, à son arrivée dans la Caroline du Sud, il ne trouva qu'une seule église et deux prêtres. La Géorgie ne possédait alors que trois églises et un seul prêtre. La Caroline du Nord n'avait ni prêtre ni église.
Benoît Fen\vick, de la Compagnie de Jésus, né en 1782 dans le Maryland , d'nne ancienne famille catholique. Il fut élevé au collège des Jésuites à Georgetown i avec deux de ses frères , qui entrèrent dans la Compagnie de Jésus ainsi que lui. En 1824 , un ordre du pape Léon XII l'enleva à la présidence du collège de Georgetown, poui' le placer sur le siège épiscopal de Boston , où il succéda à M. de Cheverus. Les Sauvages de Penobscot et de Passamoquoddy ont vu souvent l'infatigable évêque traversant à pied des plaines immenses , gravissant des montagnes , ramant sur les lacs et les rivières , couchant la nuit dans les bois , pour porter des secoure aux brebis dispersées de son troupeau, et pour jeter les fondements de nouvelles églises. M. Fenwick mourut à Boston, en 1847.
Edouard Fenwick, religieux dominicain, né en 17G6, au Maryland, d'une famille d'origine anglaise. Envoyé en Europe pour son éducation , et placé au collège de Bornheim , — près d'Anvers , — que dirigeaient des Domi-
1 Georgetown n'est séparé de la ville fédérale, Washington, que par un ruisseau. La distance de ce collège au Capitole, où s'assemble le Congrès , est à peine de deux milles et demi.
nicains anjrlais , il s'attacha à ces religieux et prit l'habit de leur ordre. Lors de l'invasion des Pays-Bas par les troupes de la république française, Bornlieim eut tout à souffrir. Le P. Fenwick, échappé à mille dangers, se réfugia en Angleterre. Ce fut de là que, en 1804, il se rendit en Amérique , pressé du désir d'étendre le royaume de Dieu en son pays natal. M. CarroU l'envoya dans le Kentucky en 1806. Il y fonda de son patrimoine le couvent de Sainte-Rose, près de Springfield, à douze milles de Bardstown, où la plupart des Dominicains anglais de Bornheim : les PP. Wilson, Tuite, etc., le rejoignirent. Quelques années plus tard , une bulle arrivée de Rome institua le P. Fenwick provincial de l'Ordre pour toute l'Amérique du Nord ; mais il ne put se résoudre à accepter cette dignité; il obtint qu'elle fût remise au P. Wilson. En 1810, il commença à parcourir les forêts de rOhio , menant la vie de missionnaire ; ce qui lui a mérité le nom d'apôtre del'Ohio. Cincinnati ayant été érigé en évêché en 1823, il en fut nommé évêque. En 1835, comme il visitait la partie de son diocèse qui avoisine le lac Supérieur , il assista des malades atteints du choléra , prit le germe de la maladie , et succomba en quelques heures.
André Ferrari , prêtre , né en 1791 , à Port-Maurice État de Gênes, mourut en 1821 , « à I.ouisville, près des chutes de l'Ohio , d'une maladie é-pidémique qu'il avait contractée en servant les malade'^^ le jour et la nuit. Sa vie avait été édifiante, et sa m.ort fut celle d'un saint. Vivre pour procurer la gloire de Dieu , ou mourir pour faire sa sainte volonté , éta.it son unique désir. » Lettre de M. du Bourg, 15 noverrjj^re 1821.
DiMiTRi Galitzto. «^ prince Galitzin, — né en Russie de parents catholiques. Venu en Amérique vers l'année
1793, sans autre intention que celle de voyager, il entra au séminaire de Baltimore , nouvellement ouvert par les Sulpiciens, et s'agrégea à leur compagnie du consentement de M. Carroll , qui lui fit faire néanmoins , avant son ordination à la prêtrise, une promesse particulière d'obéissance, en vertu de laquelle il le tint constamment appliqué au saint ministère. Il mourut, en 18i0, en odeur de sainteté , après avoir formé à la religion et à la civilisation des populations entières de Sauvages , et s'être acquis par ses écrits la renommée de l'apologiste le plus populaire du catholicisme aux États-Unis. Peu de livres ont été aussi répandus en Amérique et y ont produit autant d'effet que sa Défense du catholicisme. Loretto, dans le comté de Cambria , sur le sommet des monts Alleghanys, dans l'état de Pennsylvanie, a été pendant quarante années le centre de la mission de ce dévoué serviteur de Dieu.
Les premiers renseignements envoyés en France sur la mission de Pennsylvanie furent donnés, en 1834, à l'association de la Propagation de la foi, par M. François-Patrick Kenrick, missionnaire irlandais, coadjuteur de M. Comwell , évêque de Philadelphie. Pans le diocèse de la Pennsylvanie, qui comprenait, outre l'État de ce nom, le Delaware et la partie occidentale du New-Jersey, on comptait qu'il y avait à cette époque cinquante -quatre missions ou paroisses, visitées par trente -sept prêtres missionnaires : vingt et un Irlandais, quatre Français , trois Américains, trois Allemands, doux Pelges, un Anglais, un Russe, un Livonien, un Portugais. Ils étaient bien, en vérité! les prêtres de l'Église une et universelle , ces missionnaires envoyés sur un seul point, par des nations si diverses, pour y propager la foi.
Antoine] Garnier , né en 1761, à'Villiers, au diocèse
de la Rochelle, prêtre de la Compagnie de Saint-Sulpice, professeur de théologie au séminaire de Sainte-Irénée de Lyon, fut un do ceux de la Compagnie que M. Emery envoya à M. CarroU pour la fondation du séminaire de Baltimoro. Pendant douze ans, à partir de l'année 1791, il exerça les fonctions de directeur et de professeur dans le séminaire; et depuis l'année 1795, son dévouement sacerdotal lui lit accepter encore la charrie de curé de la paroisse de Saint-Patrick. En 1803, M. Emery exprima le désir qu'il revint en France. Il ohéit. Mais il était tellement attaché à l'Amérique parle bien qu'il y faisait, que quitter ce pays et répondre au désir de son supérieur était, comme il le disait souvent depuis, le plus grand sacrifice qu'on prit lui demander. M. Carroll, lorsqu'il apprit de lui qu'il allait partir, en eut un extrême regret. « Ce bon évéque, dit M. Garnier i , versa des larmes, et le jour de mon départ il ne voulut voir personne , et ne sortit pas de sa chambre, même pour prendre son repas. » Koinmé supérieur général en 1826, M. Garnier gouverna la Compagnie de Saint-Sulpice pendant vingt ans. Il mourut à Paris, le 10 mars 1845.
Robert IIill, Dominicain, missionnaire dans l'Ohio , était un protestant converti, capitaine de la garde royale dans l'armée britannique avant d'être prêtre. Retiré du service , et fixé en Flandre près du couvent des Dominicains de Bornliein, quelques visites qu'il fit à ces religieux détruisirent les préjugés qu'il avait eus jusqu'alors contre l'Église catholique. Il fit son abjuration à Rome, et entra dans l'ordre de Saint- l'omiiiique, en même temps que sa femme, également convertie, se retirait dans une maison religieuse. En 1806, ayant obtenu de rejoindre le P. Edouard Fenwick dans l'Ohio , il prit part
1 Notice sur M. Emery.
à tous les travaux de cet apôtre. Eu 1828, le P. Hill succomba à la suite des fatigues qu'il avait endurées dans une mission chez les Sauvages du côté du lac Érié. « C'était, écrivait son évéque, le meilleur de mes missionnaires, le plus instruit, le plus éloquent, le plus zélé; il était un des plus remarquables prédicateui-s des États- Unis. »
Antoine Kohlmann, de la Compagnie de Jésus, né à Kaiserberg près Colmar , en 1771, ordonné prêtre à Fribourg, en Suisse, en 17*JG. Envoyé aux Étals-Unis en 1805, il fut, tant que vécut M. Carroll , son coopérateur en ses grandes entreprises. C'est lui qui fonda sur les bords du Potomac, presque aux portes de "Washington, le collège de Georgetown, dans le district de Columbia i, l'un des établissements les plus importants dus à l'initiative de M. Carroll. Successivement missionnaire, maître des novices , supérieur de la mission de New- York, pasteur en celte ville de la paroisse de Saint-Pierre, il fut rappelé des États-Unis après y avoir résidé pendant dixhuit ans. Il mourut à Rome , en 1836,
L'intrépidité d'Antoine Kohlmann , sa fidélité à l'inviolable secret de la confession, donna lieu, dans l'année 1813 , à un fait qui eut un grand retentissement aux États-Unis , et qui amena la cour suprême de justice à étendre jusqu'au secret de la confession la liberté de conscience.
Un frère d'.\ntoine Kohlmann , de la Compagnie de
1 Le district de Columbia est un petit territoire de dix milles carrés, situé sur les deux rives du Potomac. Ce territoire a été détactié du Mar\i;ir.d et de la Virginie, et rendu indépendant de ces deux Etats, et de tous les autres Etats de la république, pour la tenue libre du congres et la résidence du président et de tous les autres ofticiers du gouvernement des Etats-Unis. Wasliinglen en est la ville principale.
Jésus de même que lui , l'assista pendant plusieurs années, comme vicaire de la paroisse de Saint-Pierre à New- York, et l'ut ensuite appelé à Georgetown, où il mourut en '1838, à l'âge de soixante-huit ans.
Michel Levadoux , de la Compagnie de Saint-Sulpice , directeur au séminaire de Limoges , s'ollVit à M. Emery , en 17^1 , pour coopérer avec M. Nagot à la fondation d'un séminaire aux États-Unis. Dans la première année où le séminaire de Baltimore fut ouvert , les diflicultés d'un nouvel établissement engagèrent M. CarroU à changer la destination de quelques-uns des auxiliaires de M. Nagot, et à leur assigner des postes dans les missions. M. Flaget, appelé dans l'indiana, M. Richard, dans le Missomù, et M. Levadoux , désigné pour l'illinois , partirent en même temps, et firent l'oute ensemble jusqu'à Louisvilie , qui n'était alors qu'un pauvre village du Kentucky. Là ils se séparèrent, M. Flaget et M. Levadoux se confessèrent l'un l'autre au pied d'un arbre, puis se dirent adieu en pleurant; M. Levadoux et M. Richard continuant à descendre l'Ohio poui' se quitter au bout de quelques jours. M. Levadoux se consacrait depuis trois ans à la vie de missionnaire , quand M. Cai'roll le rappela à Baltimore , où il remplit les fonctions de procureur dans le séminale. En 18U3 , M. Emery le redemanda pour la France. Il mourut en 1815, supérieur du séminaire de Saint- Flour.
Mathias Loras, N. Chalon, Michel Portier , prêtres français du diocèse de Lyon , tous trois missionnaires dans l'Alabama , furent de ceux qui vim'ent, en 1817 , d'Europe en Amérique avec M. du Bourg.
En 182G , l'Alabama et les Florides fuirent détachées du diocèse de Saint -Louis pour former un vicariat apostolique, qui, trois ans plus tard, en 1829, fut érigé
en évêché. M. Michel Portiei- , d'abord vicaire apostolique , devint évéque du nouveau diocèse. Il mourut en 1859, à Mobile.
En 1837, le diocèse de Dubuque fut nouvellement érigé sur les territoires de l'Iowa , qui cessèrent d'appartenir au diocèse de Saint -Louis du Missouri. M. Mathias Loras fut nommé évéque de Dubuque. 11 mourut la même année.
Robert Molyneux , — Viscount Sefton , — de la Compagnie de Jésus , né à Fornby , — Lancashire , — en 1733. Lorsque la Compagnie de Jésus eut été reconstituée en Amérique , en 1806 , il fut désigné comme supérieur de toute la mission. Depuis de longues années déjà il travaillait au salut des âmes dans le Maryland. Ses premiers collaborateurs furent Jean Grassi, qui devint plus tard son successeur ; Pierre Epikette , Adam Britt , Maximi- LiEN DE Rantzaw, Pierre Malou et Jean Henry. Robert Molyneux , par humilité , avait décliné Tolfre que lui avait faite l'évèque de Baltimore de l'associer aux travaux de son épiscopat. Il mourut , en 1808, président du collège de Georgetown.
Jean-François Moranvillé , né à Cagny , près d'Amiens, en 1760, missionnaire du Saint-Esprit. Son apostolat commença dès l'année 1784, chez les pauvres nègres de Cayenne , à la Guyane , où il avait été envoyé en même temps que M. Duhamel, — le pasteur d'Emmettsburg. — Quand la révolution éclata en France, ses fureurs poursuivirent les prêtres du Seigneur jusqu'au fond des colonies. M. Moranvillé chercha un refuge aux États-Unis, dans le Maryland, où il vécut d'abord en donnant des leçons de géographie et de français. Lorsque la langue anglaise lui fut devenue familière, il vint offrir à M. Carroll les services de son ministère. M. Carroll II. 12
l'attacha à la paroisse de Saint -Pierre. Plus tard, après que M. Garnior eut quitté Saint -Patrick et que son successeur immédiat, M, Floyd, eut succombé à la fièvre jaune , M. Moranvillé fut nommé curé de cette paroisse , qu'il administra pendant vingt ans avec un zèle et un dévouement sans égal. Plusieurs fois il fut atteint de la fièvre jaune en prodiguant des secours aux malades, et ce fut contre toute attente qu'il échappa à la mort. Sa santé cependant s'altéra au point qu'il fut obligé de renoncer à conduire son troupeau. Le !<='' octobre 1823 il quittait Baltimore; le 17 mai 1824, il mourait à Amiens.
François-Charles Nagot , né à Tours en 1734. Prêtre de la Compagnie de Saint-Sulpice , supérieur à Paris de la communauté des Robertins, — une des annexes du séminaire de Saint-Sulpice. — Ce fut lui que M. Emery chargea, en 1791 , d'aller en Angleterre négocier l'établissement de la Compagnie aux États-Unis. Désigné, dès lors, comme supérieur du futur séminaire de Baltimore, M. Nagot s'embarqua avec MM. Tessier, Antoine Garnier etLevadoux, à Saint-Malo, le 8 avril 1791. Arrivé à Baltimore le 10 juillet, il y acheta au prix de 2,266 dollars, — environ 11,000 francs, — quatre ares de terrains y attenant, hors la ville. C'est là que, dès le mois de septembre suivant , fut installé le séminaire de Sainte-Marie , le premier et le plus renommé séminaire des États-Unis. M. Nagot en fut le supérieur jusqu'en 1810. Il mourut en 1816, dans cette maison qu'il avait fondée et qu'il laissait prospère après l'avoir conduite à travers les difficultés inséparables de tout commencement. Père du clergé des États-Unis, sa mémoire est en vénération.
N. DE Nekere, de la Congrégation de la Mission, —
Lazariste, — né en 1803 à Velwegen, au diocèse de Gand; l'un des prêtres qui vinrent d'Europe en Amérique, en 1817, avec M. du Bourg. Occupé pendant douze années dans les missions du Missouri, il devint évêque de la Nouvelle -Orléans, en 1829. Il mourut de la fièvre jaune, le 4 septembre 1833, « à la fleur de son âge, mais consommé dans toutes les vertus, possédant surtout la plénitude de la charité. Sa mort fut une perte immense pour l'Église de la Louisiane , qui espérait encore jouir longtemps du bonheur de posséder un pasteur orné de toutes les vertus qui font les saints , et des fortes connaissances qui font l'homme savant i. »
Le don des langues avait été accordé à l'évêque de la Nouvelle-Orléans , qui parlait avec une égale facilité l'anglais, le français, l'italien, l'allemand, l'espagnol, le flamand, et qui mettait à profit ce rare avantage pour exhorter et instruire ses brebis, d'origines très-diverses pour la plupart.
Charles Nerinckx, prêtre du diocèse de Malines, attaché à la mission du Kentucky pendant vingt-deux ans, à partir de l'année 1804. Il fonda, en 1812, au village de Lorette , — dans le comté de "Washington , à douze milles de Bardstown, — une communauté de religieuses qui prirent le nom d'Amantes de Marie au pied de la croix 2. Ces religieuses se consacrent à l'éducation des lilles et aux soins des orphelins. Leur règle et leur vie extérieure sont d'une extrême austérité. Elles comptaient cent trente-cinq religieuses professes dès l'année
M. Nerinckx mourut en 1824. « C'était , a dit son bio-
1 Lettre de M. Odin, missionnaire apostolique, mars 183i. Voir Annales de la propagation de la foi , n» XXXVII , année 1834.
2 The Friends of Mary at the fool vf Ihe cross.
/lOO NOTES
graphe , M. Spalding, mort en 1872, archevêque de Baltimore , — un prêtre savant et humble , content d'être enterré, lui et tout son savoir, dans le désert, parmi les hommes qui ignoraient même ce que c'est que le savoir. »
J.-M. Odin, prêtre de la Congrégation de la Mission, — Lazariste. — Son évéque, M. Rosati, parlant de lui, l'appelle « un des présents les plus précieux que le diocèse de Lyon , pépinière féconde de missionnaires , ait faits au diocèse de Saint-Louis du Missouri. » Il arriva dans la Louisiane en 1822 n'étant encore que simple diacre, et fut ordonné prêtre au séminaire de Sainte- Marie des Barrens , dont il devint supérieur dans A suite. Ses premières missions le conduisirent au lieu dit la Prairie - du - Chien , près de l'embouchure eu Wisconsin , parmi les Sauvages Sioux , les Chippeways , etc.
En 1841, M. Odin était à la Nouvelle-Orléans, chez M. Antoine Blanc, l'évêque du diocèse. Nous lisons ces mots dictés par son humilité , dans une lettre qu'il adressa de là au supérieur de sa Congrégation. « Quelle fut ma surprise, en arrivant auprès de Sa Grandeur d'apprendre que j'étais nommé coadjuteur du Détroit! Le désir de Sa Sainteté était que j'acceptasse sans hésiter un fardeau si redoutable. Je ne pus m'y déterminer. La conviction intime de mon indignité me fit renvoyer les bulles. » M. Odin, qui croyait avoir échappé par son refus à la dignité épiscopale, dut accepter, depuis, le vicariat apostolique du Texas, avec le titre d'évéque de Claudiopolis in partibus.
Charles Van Quickenborn, prêtre belge de la Compagnie de Jésus , l'un des plus infatigables et des plus
NOTES .'lOl
dévoués missionnaires de son temps et de son ordre. Une de ses œuvres les plus importantes a été la fondation qu'il fit, en 1822, à Florissant, d'une mission spéciale pour les Sauvages du nord et de l'ouest du Missouri. Il vint alors du Maryland, faisant la route à pied par des chemins presque impraticables et des pays à demi inondés. Le P. Temmermann l'accompagnait , suivi de cinq jeunes novices, qui appartenaient également à la Compagnie de Jésus. Parmi ceux-ci se trouvaient Pierre DE Smet, le futur apôtre de l'Orégon , du Kansas , et des contrées sauvages situées au pied des montagnes Rocheuses; contrées habitées par les redoutables tribus indiennes, les Tètes - Plates , les Pieds- Noirs, etc. etc. Charles Van Quickenborn mourut au Portage des Sioux , en 1837 , après vingt années de travaux , ayant commencé en 1817 ses missions chez les Sauvages.
Gabriel Richard, né à Saintes, en 1767, petit-neveu par sa mère, Marie-Geneviève Bossuet, du grand évéque de Meaux. Ordonné prêtre en 1791 . au séminaire de Saint-Sulpice , il fut envoyé en Amérique peu de mois après. M. CarroU le chargea d'abord de la mission de rillinois, et le nomma, en 1798, supérieur de la mission du Michigan, dont le centre est la ville de Détroit. Cette étendue de pays, plus vaste que la France et l'Espagne réunies, forma dans la suite le diocèse de Bardstown. Les catholiques n'y avaient alors que trois prêtres. Dans la guerre des États-Unis avec l'Angleterre, en 1813, les Anglais firent M. Richard prisonnier, et l'envoyèrent à Sandwich dans le haut Canada , où son zèle ne fut point oisif. Il était missionnaire depuis près de quarante ans, lorsqu'on 1823 il fut élu représentant au congrès des Etats-Unis. Il est le premier prêtre catholique qui ait été appelé à cet honneur. En maintes occasions , il lui arriva de prendre la parole devant le congrès. Il s'exprimait en
anglais avec peu de facilité ; mais un de ses collègues venait à son secours ; l'illustre Henry Clay se chargeait de traduire et de commenter pour l'assemblée les arguments du missionnaire. M. Richard mourut en 1832 , à Détroit, victime de son dévouement en soignant les malades atteints du choléra.
Un des apôtres des contrées qui avoisinent les lacs Supérieur, Érié, Michigan, etc., M. Frédéric Rézé , prêtre allemand , ancien élève de la Propagande , qui devint en 1834 évêque de Détroit , fut, pendant plusieurs années , grand vicaire de M. Gabriel Richard.
C'est à l'occasion d'un voyage que lit à Vienne en Autriche, en 1829, M. Rézé, alors vicaire général du diocèse de Cincinnati, que la célèbre association Léopoldine fut fondée. Établie pour soutenir d'une manière spéciale les missions catholiques d'Amérique , cette œuvre eut pour premier protecteur l'archiduc Rodolphe , cardinal, archevêque d'Olmutz, frère de l'empereur François IL
Joseph Rosati , né en 1789 , à Sora , — royaume de Naples, — prêtre de la Congrégation de la Mission, — fut, à partir de 1816, l'auxiliaire de Félix de Andreis en tous ses travaux. M. Rosati arriva aux États-Unis en 1815, amenant sous sa conduite les cinq missionnaires que la maison de Saint-Lazare envoyait aux États-Unis , à la demande de M. du Rourg , pour fonder une colonie sur les bords du Mississipi. Arrivés sur cette terre lointaine , l'évèque assigna à ses nouveaux auxiliaires une place déserte au milieu des forêts encore vierges, avec la charge d'y élever le premier séminaire de la Louisiane , et d'assurer, par la formation d'un clergé indigène, le maintien et la propagation de la foi. Des troncs d'ai'bres superposés , couverts d'un toit de chaume , abritèrent d'abord les ouvriers évangéliques ; des fèves sauvages
cueillies dans les bois furent leur seule nourriture. Us mangèrent leur pain à la sueur de leur front , comme les apôti'es des premiers siècles. Telle fut, dans les commencements, la vie des fondateurs du séminaire de Sainte- Marie des Barrens et de la ville qui se groupa bientôt alentour. Dieu bénit leurs travaux : en moins de vingt ans ils avaient donné cinquante-trois prêtres à l'Église d'Amérique.
En 1823 , M. Rosati devint coadjuteur de M. du Bourg , évêque de la Louisiane; et en 1825, la partie sud-ouest du diocèse de la Louisiane ayant été détachée du reste du diocèse pour former un vicariat apostolique , il fut choisi pour le gouverner. L'année d'après , il fut élevé au siège épiscopal de Saint-Louis, nouvellement érigé. Les limites de ce diocèse comprenaient les États du Missouri et de rillinois , l'Arkansas , TOrégon , et les territoires du Kansas habités par les tribus Osages. M. Rosati mourut en
Jean Tessier, né en 1798, à la Chapelle -Blanche, dans le diocèse d'Angers, prêtre de la Compagnie de Saint-Sulpice , professeur au séminaire de "Viviers , fut un des compagnons de MM. Nagot, Garnier etLevadoux, lorsqu'ils s'embarquèrent pour l'Amérique en 1791. Fixé avec eux à Baltimore, il fut d'abord professeur de théologie au séminaire de Sainte-Marie , puis il eut la charge du temporel. En 1810, il succéda comme supérieur au vénérable M. Nagot. Il continua de gouverner le séminaire jusqu'en 1829. Pendant son administration , le ministère extéiieur l'avait occupé très -activement; il s'était particulièrement dévoué aux hommes de couleur. Après avoir pris sa retraite, il ne cessa de leur montrer le même intérêt jusqu'à sa mort, qui arriva en 1810, à Baltimore.
John Thayer, né à Boston, dans le Massachusetts.
Elevé parles Calvinistes, puis affilié à la secte des puritains , il exerça pendant deuK ans les fonctions de ministre dans sa ville natale. En 1790, visitant lltalie et se trouvant à Rome, l'impression qu'il reçut de plusieurs guérisons miraculeuses obtenues par l'intercession du B. Joseph Labre détermina le commencement de sa conversion. Il devint catliolique à Rome, prêtre à Paris, et missionnaire en Amérique, au lieu même où il avait naguère enseigné l'erreur. Ses discours et ses écrits opérèrent un grand nombre de conversions. 11 prêcha la parole de Dieu auj Canada, séjourna comme missionnaire dans le Kentucky, et parcourut tous les États-Unis. 11 (juitta l'Amérique en 1803, et mourut « chéri et vénéré » à Limcrick, en Irlande.
Jacques Olivier Van de Yelbe, de la Compagnie de Jésus, né dans la province d'Anvers, en 1795. Missionnaire au Missouri à partir de l'année 1817, avec ses confrères et ses compatriotes, les PP. Van Quickenborn, N. DE Theux, Verh^gen, Jean-Antoine Elet, Van Assche, etc. Évêque de Chicago en 1848, puis évêque des Natchez en 1852 , il mourut en cette ville , atteint par la fièvre jaune, en 1855.
On remarquera peut-être que nous n'avons fait mention d'aucun missionnaire pour l'Etat de Virginie. 11 nous suffira, pour expliquer ce silence, de citer ce qu'écrivait, en 1830, M. VVhitfield, l'archevêque de Baltimore : oc Si le Maryland est l'État le plus favorisé en ce qui regarde la religion, la Virginie, qui .est aussi sous ma juridiction, est l'État qui l'est le moins. Sa population, d'après le recensement de 1820, s'élève à un million soixantecinq mille habitants , sur un territoire de soixante-quatre milles carrés. Néanmoins nous n'avons que quatre prêtres en cet État, et il ne fournit pas les moyens suffisants poui' y en envoyer un plus grand nombre. A Richmond ,
— capitale de l'État de Virginie, — nous n'avons qu'une petite église construite en planches, où se rend le peu de catholiques qui se trouvent en cette ville. Norfolk a une église et deux prêtres. Le nombre des catholiques dans ces deux villes est d'environ six cents. »
Aux noms des missionnaires que nous avons cités , nous ajouterons ceux des pères trappistes : Urbain GuiLLET, J. DuNAND et THOMAS Flyn , émigrés aux États-Unis en 1803 , avec vingt-trois autres religieux de leur ordre, Pères ou Frères lais. Ils se fixèrent successivement dans la Pennsylvanie, à Florissant dans le Missouri, et à Sainte-Marie dans le comté de Charles, desservant les congrégations catholiques , et répandant autour d'eux la consolation et l'édification. Malheureusement, en peu d'années la maladie décima leurs rangs. Les survivants d'entre eux retournèrent en France à l'époque de la Restauration. Les Trappistes ont actuellement deux établissements aux États-Unis : l'un proche Dubuque dans l'Iowa ; l'autre proche New- Ilaven , à environ dix railles de Bardstown , dans le Kentucky.
(Voir page 223.)