CHAPITRE XVII
(( Remarquez bien ceci, mes filles, que vos règles vous serviront d'ailes pour voler à Dieu, comme les oiseaux se servent des leurs pour voler sans être surchargés. Il en est de même des Filles de la Charité : elles ont leurs règles , et ces règles sont les ailes dont elles se servent pour voler à Dieu, quand elles ont le bonheur de les pratiquer avec fidélité. »
« Pour arriver à votre fin , il faut vous demander souvent à vous-même , à l'exemple de saint Bernard: «. Pourquoi Dieu a-t-il institué la Compagnie des Filles de la Charité? Pourquoi m'y a-t-il appelée ? » Et puis vous répondre : « Pour honorer Notre - Seigneur , pour lui rendre service en la personne des pauvres , et pour faire tout ce à quoi Dieu a résolu de m'employer. »
« C'est ainsi qu'il faut vous comporter pour être bonnes Filles de la Charité et pour aller partout où Dieu voudra, et partout où l'on vous demande, soit en Afrique, soit aux Indes, soit aux armées. »
« Voilà votre belle vocation.
Quoi ! quitter tout ce qu'on a au monde, père , mère, frères, sœurs, parents, amis, les b-ens,
si on en a, ainsi rjue son pays, et pourquoi? Pour servir les pauvres, pour les in.^lruire et les aider à aller en paradis. Y a-t-it rien de plus b'au et de plus estimable? Si nous voyions une fdie ainsi faite, nous verrions son âme reluire comme un soleil, nous ne pourrions en envisager la beauté sans en être éblouis. Donnez-vous donc à Dieu pour le salut des pauvres que vous servez. j>
Les paroles de saint Vincent de Paul ont un parfum de piété, une grâce naturelle, une autorité qui pénètre et qui ravit; nous voudrions ne plus le quitter.
Plusieurs fois notre récit a dû rappeler combien les communications entre l'Europe et l'Amérique étaient devenues rares et incertaines, pendant les années troublées qui précédèrent la chute de l'Empire français. Six mois, un an , s'écoulaient alors sans qu'on piît trouver une occasion pour envoyer une lettre au delà des mers. On a lu les derniers remercîments qu'Elizabeth adressait à Antonio Filicchi , avec les détails qu'elle lui donnait sur son arrivée dans la vallée d'Emmeitsburg. La lettre qui les contenait, écrite le 8 novembre 1809, n'était point encore partie le 10