CHAPITRE XV
ses jeunes sœurs que pour elle-même, qui vivait, surtout maintenant, d'une vie tout intérieure.
Elle et sa petite colonie quittèrent, dans les premiers jours d'août, l'hospitalière, mais fort incommode demeure que leur avait offerte M. Dubois. Elles descendirent dans la vallée, et prirent possession de l'ancienne maison de Robert Fleming. Cette vallée, où les voici maintenant fixées, n'aura plus d'autre nom pour nous que la vallée de Saint-Joseph. L'installation qu'elles y trouvèrent laissait beaucoup à désirer; mais on se sentait chez soi , on n'était plus qu'à un demi- mille du village, et l'on avait un peu plus d'espace pour se loger. Il est vrai qu'on perdit bientôt de ce dernier avantage ; car l'arrivée des Sœurs restées à Baltimore rassembla seize personnes dans la maison. Or on n'avait, pour tout, qu'un seul étage avec un galetas au-dessus; et la place était si petite, qu'on n'avait pu disposer plus de deux pièces sur chaque palier. Toutes celles que renfermait cette étroite demeure avaient été accoutumées dès leur enfance aux aises et aux douceurs de la vie, quelques-unes même à ses élégances et à ses recherches. « Mais, comme le disait plus tard la mère Seton, l'offrande du saint sacrifice célébré tous les jours, le bonheur de posséder le saint Sacrement
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dans un petit réduit, tout juste assez grand pour contenir la place d'un autel, faisaient qu'on se prenait à aimer des gênes qui, sans cela, aui'aient paru insupportables. »
La communauté se composait alors de dix Sœurs: Elizabeth Seton, Cecilia O'Gonway, Maria Murphy, Maria Burke, Suzanne Clossy, Mary -Anne Butler, Rose Wiiite, Catherine Mullen, Sara Thompson et Helen Thompson.
Il eût été difficile de trouver une réunion de personnes plus dignes d être choisies pour aider aux commencements d'une belle œuvre de charité à peine naissante. La grâce avait répandu parmi elle les dons les plus variés, les aptitudes les plus diverses. Comme en une ruche remplie d'abeilles, on trouve les ouvrières industrieuses, qui les unes façonnent la cire, les autres préparent le miel ou veillent à l'éclosion des jeunes essaims; de même on pouvait voir déjà dans la petite ruche de Saint-Joseph les Sœurs diligemment occupées, qui trouvaient à se rendre utiles, chacune selon son attrait pat ticulier. Esprit d'oraison et de retraite, disposition marquée pour les œuvres actives et laborieus^es de la charité, capacité poiir embrasser les détails du gouvernement et de l'économie intérieure, tout se rencontrait chez elles, et concourait également, bien (^ue d'une manière différente, à l'avantage général. Il avait été