CHAPITRE XVIIl
d'Israël dans le Nouveau Monde. Il y célébrait les louanges de la société de Saint- Sulpicc à laquelle appartenait M. Flaget ; citant à ce sujet les paroles prononcées par un grand évêque ' à son lit de mort, « à ce moment où l'on ne flatte pas : « Je ne connais rien de plus vénérable et de plus apostolique que Saint -Sulpice. »
Quelques jours avant de recevoir l'onction des évèques, M. de Cheverus avait quitté sa ville de Boston. Il était venu frapper à la porte du séminaire de Sainte -Marie, avec le désir de se préparer dans un recueillement plus complet aux redoutables devoirs de la charge épiscopale. Pendant la retraite qu'il fit à ce moment, il fut sous la direction de M. Nagot, vieillard vénérable, d'une vertu tout angélique, d'une simplicité aimable, d'une profonde humilité.
C'était la première fois que M. de Cheverus, l'apôtre de Boston et de la Nouvelle-Angleterre, se trouvait éloigné du milieu de son troupeau , depuis treize ans qu'il était entré dans les travaux de son apostolat. Du jour où, débarquant sur le territoire du Massachusetts, il avait écrit à M. CarroU : « Je me rendrai au poste qu'il vous plaira de m'assigner, sitôt que j'aurai reçu
* rénelon.
VOS ordres. Envoyez-moi où vous savez qu'on a le plus besoin de moi, sans vous occuper des moyens de pourvoir à ma subsistance. Je suis tout disposé à travailler de mes mains, si cela est absolument nécessaire; je crois que j'en ai la force; je jouis d'une bonne santé, et j'ai trente ans; » de ce jour-là, ce prêtre admirable s'était fait une loi de ne pas dérober un seul de ses instants au soin des âmes qui lui étaient confiées.
Les sept États qui forment la Nouvelle- Angleterre, et qui embrassent une étendue à peu près égale à la moitié de la France, ne possédaient à cette époque, en 1796, que deux prêtres catholiques, M. Matignon et M. de Cheverus. Tous les deux, chassés de France par la révolution, avaient émigré d'abord en Angleterre; tous les deux, après s'y être créé des ressources suffisantes et de saintes occupations, s'étaient arrachés aux douceurs d'une existence devenue facile, uniquement parce que, dégagés de leurs devoirs envers leur ingrat pays , ils avaient voulu servir Dieu là où se faisait le plus sentir la pénurie de prêtres.
En 1792, M. Matignon était arrivé aux États- Unis; M. de Gheverus l'y avait rejoint en 1796. M. CarroU l'attacha tout aussitôt à la mission de la Nouvelle -Angleterre, et lui confia en