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CHAPITRE XIX

Une visite que M. Carroll vint faire à la montagne et dans la vallée d'Emmettsburg contribua beaucoup à lui donner des forces pour surmonter ce qu'elle appelait « son indigne abattement ». Le vénérable archevêque s'éloigna d'elle, pénétré d'admiration pour sa résignation , ses efforts, son empire sur elle-même, et les visibles effets de la direction qu'elle donnait à la communauté. La piété de toutes ces Sœurs qui rivalisaient de zèle pour marcher vers la perfection évangélique, laissa dans le cœur de M. Carroll une impression très-édifiante. Quelques semaines plus tard, la mère Seton, remerciant son éminent ami des consolations que sa visite lui avait apportées, terminait ainsi : « J'ai eu bien des épreuves, et des plus rudes, dans ma vie, mais sûrement vous m'en féliciterez ; puisque le feu de la tribulation est, sans nul doute, destiné à consumer les nombreuses imperfections et les mauvaises dispositions que Notre-Seigneur trouve en moi. En vérité , ce feu atteint quelquefois si avant, qu'il ne m'est plus possible de dissimuler ce que je souffre. Par degrés pourtant, l'habitude fait qu'on se familiarise avec la souffrance. Je suis bien résolue à manger mon pain quotidien, tout sec et tout dur qu'il est, d'aussi bonne grâce que possible. Je m'en viens le montrer à Notre- Seigneur, quelquefois. 11 me fait rire de moi-

même, et me demande de quelle espèce vraiment je voudrais qu'il fût, autre que celle que lui a voulue pour lui-même , et dont tous ses disciples ont pareillement voulu? »

Elle était si changée sous l'effort incessant de la souffrance et de la tentation , que tout lui semblait différent d'autrefois, bien que rien ne fût changé autour d'elle. Cette obéissance à ses supérieurs qu'elle embrassait avec un saint transport au moment de ses premiers vœux, celte obéissance qu'elle appelait alors « la sauvegarde de son âme » , lui était devenue comme une lourde chaîne, que la nature, tantôt languissante, tantôt rebelle, avait peine à souffrir, «ï Les règles, la prudence, la subordination, les opinions, etc., sont en vérité de terribles murailles pour une âme ardente et indépendante comme est la mienne. Je ressemble à un cheval fougueux que j'avais quand j'étais toute jeune : on voulut le dompter, et on l'attela à une lourde charrette. Le pauvre animal en fut si mortifié, que ni le fouet ni les caresses n'eurent plus d'effet sur lui ; bientôt il fut réduit à l'état de squelette, et il mourut. Pour moi, tous les jours je demande à mon âme ce que je fais pour Dieu dans le modeste lot qui m'est échu; et je vois queje ne fais rien, que sourire, distribuer des caresses, patienter, écrire, prier,

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