CHAPITRE XX
terre. En effet, sous prétexte de reprendre à bord des navires américains les matelots anglais qui s'y pouvaient trouver, les marins anglais exerçaient en réalité sur ces navires, qu'ils s'arrogeaient le droit de visiter, ce qu'on appelle la 2)'>'ess en Angleterre. Attribuant leur propre nationalité à qui leur convenait, ils enlevaient par centaines les libres citoyens de l'Union , enrôlaient dans leur marine des équipages entiers , et forçaient ces nouveaux captifs à combattre sous le pavillon britannique , devenu odieux pour eux. On calculait que sept mille citoyens américains étaient victimes de ces violences au moment où la guerre éclata.
Pour une jeune nation, dont la prospérité tenait surtout à l'extension de sa marine et à l'importance de ses relations commerciales ; pour une industrie à peine naissante, qui importait encore presque tous les objets manufacturés, même de première nécessité, la guerre devait être accompagnée d'incalculables sacrifices. Toutes les classes de la population se ressentirent de renchérissement subit des denrées, de la rareté des subsistances, et du manque absolu de beaucoup d'objets que l'habitude avait rendus indispensables. Les conditions de la vie , devenues très - difficiles , le furent surtout dans les endroits éloignes des
grands centres. La gêne qu'on avait connue à Emraeltsburg dans les commencements, y reparut avec la guerre. Elle y fut accueillie avec le même patience, disons mieux, avec la même avidité de souffrir. Loin de se plaindre, on se félicita lorsqu'on se vit dans la nécessité d'observer plus étroitement les conseils évangéliques. Les servantes des pauvres n'avaient point embrassé leur sainte vocation pour ne pas sacrifier de bon cœur jusqu'à la dernière apparence des bien-être de la vie.
La guerre sévissait toujours avec une extrême rigueur, lorsque, dans l'été de l'année 1814, la communauté fut appelée à étendre sa charité en dehors de ses limites restreintes. Quelques-unes des filles de la mère Seton lui furent demandées pour recevoir la direction d'un asile d'orphelins et d'orphelines dans la ville de Philadelphie. Une association charitable entretenait cet établissement, fondé en 1799, à la suite d'une invasion de la fièvre jaune, afin de recueillir une centaine de petits abandonnés, privés de leurs parents par la mort. On avait loué pour les loger une maison contiguë à l'église de la Trinité. Une femme âgée, aidée de quelques filles de peine, prenait soin d'eux. Cet asile avait pour administrateurs les trustées '
1 Trustées, du mot trust, confiance. Les trustées des paroisses en Amérique soût les mandataires des paroissiens.