CHAPITRE XX
de vous exprimer ce que ma sollicitude et mes craintes m'inspirent pour ces deux pauvres garçons. N'ayant qu'un seul objet en vue, — leurs âmes précieuses et leur chère éternité, — je n'ai pour eux aucun intérêt terrestre, qu'autant que cet unique objet y trouve sa place. Ils sont, en tant qu'enfants, d'une conduite exemplaire pour tout ce qui tient à la tenue générale et à l'accomplissement régulier de leurs devoirs religieux ; mais je ne remarque pas en eux de facultés ni de talents extraordinaires; leurs goûts, sous plus d'un rapport, ne sont même pas encore développés. Ainsi, pour leur avenir, je n'ai pas encore pu les amener à exprimer un désir arrêté ; si ce n'est , disentils, le désir que nous avons, mère, de faire tout ce qui vous fera plaisir, et de faire ce que vous pensez qui sera le mieux. — Comme j'aurais été heureuse , s'ils s'étaient sentis appelés à la haute vocation du sacerdoce ! Ah ! si une telle grâce leur avait été accordée ! Mais notre Dieu a les yeux sur nous dans sa miséricorde, et il sait ce qui est le mieux. Je redouterais de caresser un tel désir , ne fiâl-ce même qu'un moment, à moins que je n'eusse sujet de pressentir qu'il se trouve dans l'ordre de la divine Providence. S'ils étaient auprès de vous , tout serait sauvé! mais, les choses étant ce qu'elles sont , il faut que je me confie comme vous aviez
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coutume de me dire, cher Antonio, à saint Pierre; ou encore, à saint Joseph, sous la protection de qui je les ai toujours placés d'une manière particulière; et, par -dessus tout, à notre cher Seigneur, qui a si tendrement nourri les orphelins et la pauvre petite veuve. La première parole que vous m'ayez jamais dite, à ce que je crois, après votre premier salut, a été que je devais tout confier à Celui qui nourrit les oiseaux du ciel et qui fait croître les lis. — Et je me suis confiée en lui, et il m'a nourrie, par votre main, Antonio, pour une grande part.
« Notre saint évêque Cheverus est venu , comme on l'espérait, dans nos montagnes ; le temps seulement de dire : « Je vous bénis. » Il a été comme un père pour nous. Il s'est exprimé sur vous en termes tels, qn'estime, que vénération , disent à peine la moitié de ce qu'il a exprimé. 0 mon frère , ce monde n'est rien ! mais, fût-il tout, je le donnerais tout, pour vous voir, et vous, et Filippo, et votre chère famille, et pour répandre mon cœur devant vous. Et pourtant , ce ne serait que pour vous répéter ce que rien jamais ne saurait rendre : ma tendresse, ma gratitude, et mille désirs de votre bonheur. Mais que l'adorable volonté soit faite, elle seule, elle seule à jamais !
« Si je ne dois plus vous revoir en ce monde,