CHAPITRE XXI
ELIZABETH SETON A ANTONIO FILirXHI
29 jaillet 1813.
« Mon si cher Antonio ,
« Ce n'est pas à un cœur comme le vôtre qu'il est besoin de raconter ce qui s'est passé dans mon cœur au moment où il a fallu décider que le pauvre William s'en irait vers vous, sans attendre de connaître vos intentions à cet égard. Ce que j'ai éprouvé, vous le voyez d'un coup d'œiî. Mais ce que je ne pais voir, moi, c'est ce qui va advenir de lui. Ce que je ne puis voir, c'est où en est votre situation en ce malheureux temps où nous vivons, où tout est incertitude.
« Antonio, mon frère, vous l'ami de mon âme, vous l'instrument si cher de son salut; et dans son salut, de celui d'un tel nombre d'autres âm es que vous ne pouvez vous le figurer, soyezmaintenant condescendant jusqu'à l'excès envers mon faible, faible esprit; il est brisé par tant de dures épreuves qui vous sont connues, et par une foule d'autres chagrins que vous ne pourrez jamais savoir, tant que ce vaste Océan nous séparera. Soyez mon vrai frère, dites-moi, dans toute la sincérité de votre cœur, en me
grondant si vous êtes fâché, mais avec douceur: dites-moi bien quel moyen vous croyez qu'il y ait maintenant à prendre , pour arranger les choses si j'ai mal fait.
« Quelque inquiétant que ce puisse être de voir William aux prises avec les désavantages et les dangers qu'il rencontrerait en un pays comme le nôtre, si détestable pour un jeune homme, cependant si notre Dieu veut l'y ramener, il aura pitié de lui, et lui donnera la force qui lui est nécessaire. Tout est entre ses mains et dans les vôtres. Tout sera bien , tout nous paraîtra pour le mieux , de ce que vous aurez fait, vous nos amis les plus chers! nos plus vrais, nos meilleurs amis!
« Je n'ai pas eu connaissance du départ du vaisseau par lequel notre archevêque vous a écrit. Sans quoi, j'aurais été trop heureuse de saisir cette première occasion qui se présentait pour vous écrire et vous témoigner mon unique désir, qui est que nous n'ayons pas abusé de votre bonté , ni agi en dehors de l'ordre de la Providence. Je vous envoie une lettre toute paternelle du saint évêque de Boston. Depuis celle-ci, j'en ai reçu une autre de lui, toute de consolation et d'encouragement. Ayez compassion de votre pauvre petite sœur, Antonio, et priez pour elle.
« E.-A. SEÏON.