CHAPITRE XXI
« Mes plus chers souvenirs à votre bienaimée famille; et, je vous en prie, écrivez, écrivez-moi bientôt. Gomme mon pauvre cœur va demander instamment à Dieu de hâter le moment où je recevrai une première lettre de vous! Vous ne pouvez avoir une idée de ce qu'éprouve mon cœur pour cet enfant, ni de l'ardeur de mes vœux pour sa bonne conduite. Il n'y a que Dieu qui le puisse savoir! »
Ce qu'elle avait souffert au moment où elle s'était séparée de son fils, Elizabeth vient de le dire elle-même. Gardons- nous d'ajouter une parole, après qu'elle a dépeint ce qu'elle a senti. Remarquons seulement qu'à côté du déchirement que lui causait son sacrifice , elle éprouvait une immense douceur à penser que la jeunesse et l'inexpérience de son ^Yilliam trouveraient abri sous l'aile tutélaire de M .Brute, dont « l'intérêt affectueux et l'inépuisable bonté la remplissaient, disait-elle, d'une sécurité et d'un contentement semblable à celui que ressentit le vieux Tobie lorsqu'il confia son fils à l'ange Raphaël. »
Quand M. Brute et William s'embarquèrent pour l'Europe , le 26 avril 1815 , les mers étaient hbres. La paix signée à Gand, le 24 décembre 1814, par les plénipotentiaires de la Grande- Bretagne et ceux des États-Unis, avait rais un
terme aux calamités de la guerre entre les deux pays. En Europe, la chute du régime impérial avait éteint toutes les haines et réconcilié tous les peuples. L'univers respirait. Mais ce n'était que pour un jour de trêve. Le destructeur de son repos, à peine expulsé, allait reparaître.
Le bruit du départ de Napoléon de son île d'Elbe 1 n'était point parvenu jusqu'aux États- Unis lorsque nos voyageurs s'en éloignèrent. Ils abordèrent aux rivages de France : déjà le fantôme avait disparu. Le premier objet qui frappa leur vue au moment où ils atteignirent le port de la royaliste ville de Bordeaux, fut le drapeau blanc, signe de délivrance et de paix. M. Brute , le fidèle Breton , eut des larmes d'attendrissement en reconnaissant les fleurs de lis et l'ancienne bannière de France 2. De son côté, le jeune Américain salua joyeusement le noble drapeau qui s'était déployé avec tant d'honneur à côté du pavillon étoile, dans la guerre de l'Lidépendance.
Ce fut à Bordeaux que William se sépara de son vénérable ami. Son itinéraire était tracé d'avance : il traversa la France, et se dirigea vers Livourne , où il arriva dans les derniers
1 l«rmars ÎS15.
2 Voir la note 13 à la lin de ce volume.