‹ Elle est folleChapitre 13 sur 48 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

HARLEIGIi , YOLLACK.

TOLLACK, à part, et le regardant avec tristesse. Qufil clianjTement, bon Dieu ! est-ce là cet Harleijjli, si brillant, si envié !

HAI\LEIOn , souriant péniblement.

Je devine votre étonnement , mon bon Yollack ! vous ne ni'auriez pas reconnu?

YOLLACK.

Si fait ! mais j'avoue que l'altération de vos traits...

IIAIILEIGII, lentement et lui .serrant la main.

Vous voyei l'être le [)lus Miiséra!>le de toute la terre!.

YOLLACK, alarmé.

Une perte do famille:'

HAItLEIOH.

Non.

«Jfito

De fortune ?

HAIlLEICn.

l'iùt au «ici !... Non ! tout me souriait... rirhessfs, honneurs, l'avenir le plus heureux... maintenant une existence perdue, un abnne <|ui est là , près de moi, et qui finira par m'engloutir, si vous ne me sauvez.

YOLLACK, vivement.

Parlez, je vous en conjure.

IIAIILEIOII , après une pause.

Vous vo>is rappelez l'époque de mon mariage?

YOLLACK.

Oui; tout le monde applaudissait à votre choix ; lady Anna réunissait tous les hommages ; son esprit, sa beauté...

HAIILEIGH, aven impatience.

Je le sais... mais eu la rencontrant dans la société, n'avez-vous jamais rien remarqué?

Y'OLLACK , surpris.

Comment ?

liATÎLEIGn.

Oui, dans sa j)hysionomie , son langage, quelque chose de bizarre, d'extraordinaire ?

YOLLACK , la main sur son front.

Attendez... que je rassemble mes souvenirs... A votre dernier séjour à Londres, en revenant d'Italie...

HABLEIG, vivement.

Eh bien ?

Elle me sembla triste, languissante; on la voyait pâlir, se troubler, vous regarder souvent , avec crainte , aven inquiétude ; et, vous l'avouerai-je, mon ami? on expliquait cela un peu à vos dépens.

IIARLEIGH.

Quoi ? que disait-on ?

YOLLACK.

Les uns vous acensaieiit de despotisme; les autres, d'une jalousie ridicule; et l'on pensait généralement que votre femme n'était peutêtre pas aussi heureuse qu'elle le méritait. HARLEIGII, avec un rire amer.

Ils ont pu croire !... Les voilà bien, les hommes !... oh! oui !,.. Mais vous , Yollack , vous! avez-vous bien pu partager l'erreur générale ? avez-vous pu vous laisser entraîner par le torrent? Puisqu'il faut vous l'apprendre... (vivement et lui serrant le bras d'une manière convuisive.) un mot , docteur, un seul mot qui fait mon supplice, vous expliquera tout... lady Anna, ma femme... lady Anna !...

YOI.LACK.

Eh bien ?

IIARLEIGH , d'une voix étouffée,

YOLLACK , avec un cri de surprise.

Folle':'... que dites-vous?

HARI.KIGII, d'une voix entrecoupée.

Oui!... mon Anna !... ma femme... la compagne de ma vie... (Se cachant la figure dans ses mains et après un silence.) Comprenez-vous maintenant pourquoi j'ai voulu vivre seul?... Etesvous encore surpris de voir mes traits flétris... mes yeux rouges d'insomnie et de larmes?... Ah 1 si vous saviez .. quelle fièvre , (juelle torture !... Un pareil secret... découvert... tout perdu... la pitié des uns , le mépris des autres, i'éloignement de tous... et, plus encore, cette espèce de honte qui s'attache à une famille où il existe un fou... (Avec une expression amère.) Un fou ! il semble que ce mot soit un arrêt d'exil , et que les enfants eux-mêmes doivent en être frappés !

YOLL.^Cli , accablé.

Lady Anna, si jeune!... si belle!... Mais, mon ami, vous vous exn,iérez , sans doute, votre malheur... ce mot de folie , que l'on emploie si légèrement...

H.\RLEIGH.

Ne nous flattons pas , docteur... (d'un ton bref et tranchant.) lady Anna est folle... c'est une folle que vous allez entendre , c'est à une folle... que vous allez parler... (Se jetant tout en larmes dans les bras du docteur.) Je VOUS l'ai dit , mon ami... je n'ai d'espoir qu'en vous... m'abandonnerez-vous ?

TOLI..\CK , ému et le serrant dans ses bras.

Jamais!... jamais!... mon ami... mon enfant !... car je n'ai point oublié que votre père mourant m'a suppUé de reporter sur vous la tendresse que je lui avais jurée... Je ne vous quitte plus... je ne négli;>erai rien... ce que peuvent l'expérience. ..l'amiiié... Mais, au nom du ciel , calmez-vous... tout n'est peut-être pas désespéré... notre art a de si grandes ressources ! et d'abord, venez... conduisez-moi...

HARLEIOH , l'arrêtant.

Attendez!... j'ai cru que c'était elle...

YOLI.'VCK.

Non... personne.

IURLEIOH.

Je suis si agité... si trou!)lé !... docteur, n'allez pas l'effrayer... si elle se doutait... vous prendrez quelque prétexte pour justifier votre visite...

YOLLACK.

Soyez tranquille !...

lIAr.LEIGU.

Pas d'imprudence!... les plus grands ména- {Tements...Vous la trouverez calme, tranquille... il faut la voir quelque temps pour s'apercevoir... mais observez son regard... les mots qui lui échappent...

YOLLACK.

On vient...

HAKLEIGH , tressaillant.

C'est elle!... (Le poussant de côté à droite. ) Tenez-vous là , docteiu- !

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