SCÈNE xiir
YOLLACK , puis HAKLEIGH, qui entre quelques
instants apri;s qu'est sortie lady Ann.t. YOLLACK , faisant quelques pa.» pour airêter lady .\nna. LadyAiMia! elle m'échappe! p!u> de doiue... ce cri! ce regard!. ..pauvre femu,ie!...QueI parti prendre et comment enq>échcr que ce triste événement ne finisse par devenir public ! ( Il est absorbe dans ses rcdexions. H.irlei;',b arrive douce meut derrière loi. ^
lIAI'.LKIGli, (l'une voix tremblante.
Yollack:...
YOI-5.ACK.
Ah! c'est vous, mon ami ?...
nARI.EtOlI, après un silence.
Eh bien ! (Sans lui répondre, Yollack lui serre la main, en laissant échapper un soupir.) Je VOUS entends... (Se frappant le front.) Malhcufeux que je suis!
YOLL.\CK , ému.
Du conra{»e! un peu de force d'ame! nous venons, nous causeron-; ! Le fjrand point, c'est de cacher ce malheur, de le cacher à tout le monde ; et, pour cela, je crains bien qu'une retraite plus profonde encore ne tlevienne nécessaire.
HARLEIGH, vivement.
Que dites-vous? m'en séparer! ma femme|! mon Anna! celle que j'aime plus que ma vie... confie'e à des mercenaires... arrache'e à son époux, à sa maison !...
YOI.LACK.
Vous ne me comprenez pa.s, Harleigh; je veux dire...
HARLEIGH, avec -violence.
Qu'on ne m'en parle pas... qu'on ne m'en parle jamais!... (Avec un désordre croissant , et se parlantà lui-même. ) Unesurveillance... chez elle... disposer un appartement... très bien !... c'est possible! dix médecins, .s'il le faut... L'argent ne nous manquera pas! nous en avons... nous en aurons bien plus... vous le savez!... ou plutôt, non... (Se frottant la tête comme quelqu'un qui cherche à rassembler ses idées.) Vous en ai-je parlé? je ne m'en souviens plus...
YOLLACK, le regardant avec surprise.
Quoi donc?
HARLEIGH, distrait et l'œil fixe.
.le ne crois pas... 11 faut bien que je vous le dise cependant... si vous êtes mon associé. (Souriant.) Deux millions sterlings de revenu pour chacun... heiu ! docteur, la chose en vaut la peine.
YOLLACK, confondu et à part.
Qu'est-ce que j'entends-là? ce regard...
HARLEIGH.
Lady Anna en est instruite... c'est ce qui a bouleversé sa raison... Les pauvres femmes ! elles n'ont pas notre sang-froid, notre fermeté... Après cela... (Baissant la voix. ) Il nous en faut, car vous savez... (Musique sourde : 3Iazourka de Choppin.) On m'a trahi... Le roi est furieux... il m'a mandé... je n'irai pas... Je suis entouré d'espions! mes pas sont comptés... mes démarches épiées! mais on me tuerait plutôt que de m'arracher un seul mot.
YOLLACK, à lui-même.
O mon Dieu ! j'ai pu être trompé à ce point! Quand il accusait sa pauvre femme de folie... c'était lui! lui !
HARLEIGH.
Vous arccplcz, docteur?
YOLLACK, le suivant des yeui.
Sans doute... mais cette fortune...
HARLEIGH, étendant le bras.
Elle est là... près de nous... vous voyez bien .. ce grand lac ? là-bas !
YOLLACH , à part.
C'est la mer... c'est l'Océan !...
HARLEIGH.
C'est à moi... j'ai trouvé le moyen de le dessécher tout entier... Nous aurons des prairies , des forêts, des villes immenses... et tout cela, à nous !... (Changeant de ton avec une sorte de crainte.) Il n'y a qu'un malheur... quand je veux m'en approcher... pour y faire travailler... je ne peux pas... je suis retenu là... je ne sais quelle force invisible... quelle main de fer m'enchaîne à cette place.
(Pendant ces derniers mots, ladv Anna et David entrent doucement comme pour veiller sur Harleigh ; ils l'aperçoivent près du docteur et s'arrêtent au fond en se faisant des signes de frayeur. )
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